Sorry we missed you de Ken Loach, La famille contre l’ubérisation

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La compétition est rude cette année en Sélection Officielle du Festival de Cannes avec plusieurs cinéastes qui ont déjà reçu la Palme d’Or, et ceux doublement récompensés, qui l’ont déjà décroché deux fois. C’est le cas des frères Dardenne mais aussi de Ken Loach, couronné en 2016 pour Moi, Daniel Blake et en 2006 pour Le Vent se lève. Le cinéaste présente en Compétition Officielle un drame social comme il en a le secret, Sorry we missed you d’après un scénario de Paul Laverty. On ne change pas une équipe qui gagne.

A Newcastle, Ricky est engagé comme chauffeur-livreur dans une société où il deviendra son propre patron, d’après le séduisant discours du charismatique recruteur. Sans emploi, avec son propre camion, l’homme y voit une possibilité de s’en sortir. Son épouse Abby, aide-soignante à domicile, l’aide dans son projet en vendant sa voiture. Ricky commence à travailler 14 heures par jour, 6 jours par semaine. Le travail contrôlé, chronométré de ce père de la charmante Liza, et de Sebastian, un adolescent contrarié, va commencer à se confronter à l’heureuse vie familiale.

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Ken Loach nous plonge une nouvelle fois dans une fiction qui respire le monde du travail. Celui d’aujourd’hui avec une précision, une documentation du cinéaste qui impressionne. Il montre la perte de l’individu dans une aliénation au travail qui provoquera sa perte. Une ubérisation de la société qui fait croire aux gens à une fausse liberté puisqu’ils se retrouvent piégés, endettés après les engagements pris, et qui les contraint à travailler toujours plus, comme c’est le cas pour Ricky.
Et ce sera l’enchaînement pour cette sympathique famille aux personnages très attachants. Le casting de cette famille est particulièrement réussi car on y trouve une harmonie, une douceur dans des visages qui se ressemblent. Kris Hitchen incarne ce fier père de famille qui se tue à la tâche pour nourrir les siens. Son épouse est interprétée par Debbie Honeywood, Tandis que Katie Proctor est la délicieuse Liza. Rhys Stone interprète Seb. Tandis qu’Abby essaie d’avoir une attention pour chacun de ses patients, Ricky livre ses colis à vitesse grand V, suivi par une technologie qui le surveille. Tant et si bien qu’un collègue lui donnera une bouteille vide pour pouvoir se soulager.

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Ken Loach nous montre où en est le monde du travail, au XXIème siècle, en Angleterre et en Europe. On ne peut qu’être sensible au message de ce cinéaste militant qui dénonce et pointe les injustices de notre société à la dérive, tout en glissant quelques gilets jaunes, l’air de rien dans le récit… Le film atteindra peut-être le palmarès pour son discours politique, l’émotion qu’il dégage, car le film est bouleversant et c’était le cas de Moi, Daniel Blake. Dans cette sélection cannoise parmi des cinéastes confirmés, il pourra être judicieux de récompenser un cinéma qui se renouvelle. En termes purement cinématographiques, malgré tous les aspects positifs de ce film la nouveauté n’est pas vraiment au rendez-vous, même si l’émotion et l’indignation le sont.

Soon : entretien avec Kris Hitchen et Debbie Honeywood…

I, Daniel Blake
Entretien avec Hayley Squires