Peacock de Bernhard Wenger, une savoureuse satire sur l’être humain

Après un court métrage très remarqué lauréat de nombreux Prix, Excusez moi je cherche la salle de ping pong et ma petite amie, titre improbable qui annonçait déjà l’humour pince-sans-rire de son premier long métrage, Bernhard Wenger signe Peacock, une vraie pépite cinématographique. Savoureuse satire des humains et de leurs travers, Peacock se rapproche dans sa thématique de The Square de Ruben Ostlund, sauf qu’ici la chronique est suivie sous forme d’analyse par un personnage principal qui se fait cobaye de l’intrigue.

Le pitch : Besoin d’un petit ami cultivé pour impressionner votre entourage ? D’un fils parfait pour forcer l’admiration de vos clients ? D’un répétiteur pour vous préparer à une dispute conjugale ? Louez Matthias, un maître dans sa profession, excellant chaque jour à se faire passer pour une personne différente ! Mais quand Matthias doit être lui-même, le véritable défi commence…

Le film repose en majeure partie sur son intrigant personnage principal et Albrecht Schuch (A l’Ouest rien de nouveau, Benni) endosse le rôle de Matthias à merveille. Lisse, maladroit et constant dans ses silences, l’acteur au visage presque siliconé, au brushing parfait, insuffle par la justesse de son jeu une dose comique dans les scènes. Matthias aide les autres même s’il est bien incapable de s’aider lui-même. Il vit dans une maison-bunker dans laquelle il s’enterre sous le niveau du sol, gardée par un ours polaire annonciateur de la froideur de l’endroit aseptisé. Sa petite amie Sophia, Julia Franz Richter (Ondine, les fantômes) trouve qu’il ne semble « plus être vrai » à force de locations. L’homme cherchera l’émotion dans des larmes artificielles, procédé lâche, hypocrite, mais vraiment désopilant.
L’écriture subtile du scénario convie le spectateur dans un monde étrange et drôle. Le cinéaste propose une vision de la société sous le prisme d’une ubérisation extrême. Tout se loue dans le monde de Matthias. En louant personne ne s’engage et ne prend de responsabilité. Du chien à l’homme. Tout est évalué et de ces deux êtres on ne sait plus lequel est le plus animal. Le film de Bernhard Wenger en dit long sur l ‘humain avec beaucoup d’humour. La solitude des êtres inadaptés aux relations sociales travaillées, mises en scène, basées sur le paraître comme lors de cette formidable scène d’ouverture où Matthias aide sa cliente à éteindre une voiturette de golf en feu après l’avoir enflammée eux-mêmes…. La froideur de la mise en scène accompagne le personnage incapable de ressentir la moindre émotion.
Cette savoureuse fiction est aussi une réflexion sur la réalité et sa mise en scène dans ce que sont capables de faire les humains pour ne pas perdre la face. Hypocrisie, bassesse, comme ces fiers et orgueilleux paons… Dans ce monde, l’art pourrait cependant être salvateur, comme un moyen d’accéder à l’émotion ultime.