Becoming Astrid, Pernille Fischer Christensen dévoile la vie de l’auteur de Fifi Brindacier, Astrid Lindgren

Dans Becoming Astrid, La danoise Pernille Fischer Christensen, (Soap, ours d’argent a la berlinale 2006), réalise un biopic sur l’écrivaine suédoise Astrid Lindgren, auteur de littérature pour enfants et grande défenseuse de leurs droits. Créatrice de la célèbre héroïne Fifi Brindacier, elle est le quatrième auteur de sa catégorie la plus lue dans le monde et ses best-sellers sont traduits dans une centaine de langues. Elevée avec les romans de l’auteur, Pernille Fischer Christensen dépoussière le mythe de la romancière et signe une comédie dramatique pleine de vie, qui lui rend hommage et louvoie avec l’oeuvre littéraire en dévoilant ses racines. Elle nous fait aussi découvrir derrière les contes une vie pas forcément toujours rose et c’est là sa réussite.

Essentielle et judicieuse, la période de vie de l’écrivaine choisie participe grandement à la réussite du filmCelui-ci relie l’univers des contes écrits par l’auteur et les difficultés qu’elle a endurées à ce moment particulier de sa vie, tout en créant un joli parallèle entre Fifi, l’héroïne imaginaire et son auteur.

Assise à son bureau, cheveux blancs,  Astrid Lindgren reçoit les lettres de jeunes lecteurs qui lui souhaitent son anniversaire. L’occasion pour la cinéaste d’insérer un flash-back sur une période de sa vie particulière et fondatrice de son oeuvre. Adolescente, Astrid travaille dans les champs avec sa famille, ses parents, Hannah, Maria Bonnevie, Samuel, Magnus Krepper et ses frères et soeur.  La lumineuse Alba August interprète superbement la jeune et pétillante Astrid. Elle a été nommée Shooting Star à la Berlinale 2018 pour ce rôleLa jeune fille est un personnage détonnant et atypique, qui pouffe de rire à l’église et s’empare de la piste de danse seule sans vergogne, comportement inattendu dans les années 1920. Suite à l’écriture d’un essai, elle est recrutée dans le journal du coin par le patron et père de son amie, Blomberg, Henrik Rafaelsen (Thelma de Joachim Trier). Astrid va entreprendre ce premier travail avec bonheur, elle qui se libère grâce à l’écriture. Elle s’émancipera peu à peu. Les tresses qu’elle porte – semblables à celle de Fifi Brindacier – seront coupées au profit d’une nouvelle coupe au carré, très avant-gardiste pour l’époque. Astrid aura une relation avec Blomberg qui lui apprendra à mûrir malgré elle. Enceinte, Il lui faudra composer avec la bienséance de l’époque et cacher cette grossesse honteuse. Astrid est jeune. L’homme d’âge mûr n’est pas vraiment divorcé. La maternelle Marie, une danoise, lui viendra alors en aide. Trine Dyrholm (NICO, 1988 de Susanna Nicchiarelli, série The Legacy) collabore pour la troisième fois avec la cinéaste.

Les voix-off d’enfants qui adressent leurs voeux à Astrid au début, ponctuent le récit dans sa durée et nous renvoient au présent du film dans un savant parallèle entre les deux temporalités. Elles confirment à la vieille dame la proximité de son écriture avec leur univers. Ce procédé plutôt frontal magnifie le lien presque magique et insondable existant entre les écrits de l’auteur et les enfants.

A travers ce biopic c’est un vrai destin de femme, précurseur pour son époque, que nous fait découvrir la cinéaste. Astrid Lindgren a choisi sa voie malgré les aléas de l’existence. Fifi brindacier est considérée en Suède comme une icône féministe tout comme son auteur, car comme le montre la cinéaste, Astrid Lindgren a elle-même un destin de femme hors du commun

Très bientôt : Entretien avec la cinéaste Pernille Fischer Christensen