Exit 8, un labyrinthe infernal de Genki Kawamura

Dans Exit 8 le cinéaste Genki Kawamura ose un paris risqué, celui de réaliser un film de cinéma en s’inspirant du jeu vidéo à succès éponyme. Ce film d’horreur fantastique allie tension et suspense à travers ses chapitres dans une structure temporelle et géographique parfaite. Un récit initiatique surréaliste et étonnant avec en son coeur un homme, mis à l’épreuve.

Alors qu’il doit faire face à une nouvelle existentielle, un homme se trouve piégé dans un couloir de métro interminable dont il ne peut s’échapper que par la sortie 8. Les règles s’imposent au fur et à mesure qu’il tourne en rond. Quand survient une anomalie et qu’il l’aperçoit, l’homme doit obligatoirement faire demi-tour. Une seule erreur de sa part et c’est retour à la case départ.

Kazunari Ninomiya incarne avec beaucoup d’abnégation cet homme aux prises avec l’inconnu tentant de maîtriser ses nerfs. La difficulté du film réside en grande partie dans l’habileté d’écriture d’un scénario précis. La mise en scène au cordeau sert également l’intrigue et sa tension, en jouant notamment sur l’isolement de cet anti-héros au milieu de la foule du métro aux heures de pointe et sur une déshumanisation de plus en plus présente. Le cinéaste épouse dans un premier temps la vision du personnage s’inspirant des perspectives géométriques du lieu. On ne découvrira son visage qu’après un premier passage dans la boucle du métro. La tension se fait pressante avec le stress d’être à l’heure pour sa mission d’intérim, ses crises d’asthme calmées uniquement par l’aspiration d’une bonne dose de son inhalateur.

L’enfer de la routine, tous les jours prendre ce même métro bondé et croiser des symboles de la société, comme ces personnages déshumanisés, des somnambules, ou cet homme qui marche inlassablement, attaché-case à la main. Le cinéaste tente d’extraire les êtres humains de leur quotidien. Il en appelle au cerveau, à la mémoire, à faire réagir son personnage comme le spectateur car c’est une expérience de cinéma que propose Genki Kawamura. Le film se transforme en un jeu où protagoniste principal et spectateur peuvent repérer- ou pas – les anomalies dans ce couloir interminable. Le montage son est oppressant, même si le Boléro de Ravel revient alléger le récit.

La fascination pour cette histoire fonctionne car tout est précis et réfléchi dans sa construction comme dans sa signification. Un grain de sable ferait s’effondrer le récit. Ce n’est pas le cas. Genki Kawamura maitrise chaque aspect de l’histoire. Il gère également la durée du film, 1h35, qui permet tout juste de garder le spectateur en haleine.