
Ben Safdie se sépare de son frère Josh pour sa première réalisation en solo de Smashing Machine, un drame d’après le documentaire The Smashing Machine de John Hyams. Il signe le biopic de Mark Kerr, figure de légende du MMA. Le film a décroché le Lion d’argent en catégorie meilleure réalisation à la 82ème Mostra de Venise.
Des images d’archives nous mènent vers la fiction de Bennie Safdie qui dresse un portrait de ce colosse de la lutte libre avec beaucoup de tendresse. La douceur n’est pas ce que l’on attendrait d’un tel biopic et pourtant, le cinéaste se concentre sur la personnalité et la psychologie du champion. L’impressionnant Dwayne « The Rock » Johnson (Fast and furious) métamorphosé y interprète le rôle de Mark Kerr, 115 kilos, ancien champion de la lutte libre, de sports de combat et pionnier du MMA. Durant sa carrière le sportif a connu des moments sombres comme celui de l’addiction aux opiacés en réponse aux douleurs. Emily Blunt (Oppenheimer, sans un bruit) incarne Dawn Staples, la compagne aimante du champion. Les deux acteurs forment un couple atypique dans le culte du corps et avec leur différence de gabarit (hauteur comme largeur).
Le cinéaste au style inimitable maitrise son sujet dans une parfaite reconstitution de la période entre 1997 et 2000. Les scènes de combat ne constituent pas le coeur du propos du cinéaste qui s’intéresse aux offs, à la vie du champion hors spectacle et décrit parfaitement l’enjeu du combat. Il choisit des moments cruciaux dans la vie de ce colosse fragile au grand coeur. Etre bien dans sa tête avant tout, rester concentré. Quand la vie déraille le combat aussi. Pendant plusieurs années Mark Kerr n’a jamais perdu un combat, d’où son surnom «smashing machine». Lorsque cela se produit au Japon c’est le choc, même s’il dénonce une inégalité dans le respect des nouvelles règles par son concurrent. Le combat se conclura par une annulation sur décision des juges.
L’enjeu du combat, ce sont les blessures dont la gravité pourrait provoquer la mort. Bennie Safdie prend soin d’évoquer le changement des règles de cette discipline particulièrement brutale lors d’un championnat au Japon. Les doigts dans les yeux ne sont plus permis, il n’est plus toléré de donner des coups de pieds sur le crâne d’un homme à genou tête vers le sol (mais vers le ciel oui !)… La nature profonde et primaire de ce sport montre la dangerosité et la violence des combats devant une foule en délire. La réussite pointe son poing au détour d’un match, si alléchante pour le champion qui se sentirait « Comme un dieu ». Derrière le combat le cinéaste se concentre sur les relations humaines entre les sportifs et notamment l’amitié entre Mark Kerr et Mark Coleman, Ryan Bader, son ami et premier entraineur.