
Tragicomédie trash de Park Chan-Wook, No Other Choice conte la vie de You Man-Su, cadre dans une usine de papier, un homme heureux à qui tout réussit. Il profite de son bonheur auprès de sa femme, ses deux enfants et ses chiens. Une fois licencié, ce cadre d’une usine de papier perd pied. Il ne supporte pas le déclassement social et n’a d’autre choix que celui d’éliminer tous ses concurrents. Le cinéaste envisageait depuis longtemps de réaliser un remake du Couperet de Costa Gavras, lui-même adapté du roman éponyme de Donald Westlake, c’est chose faite avec beaucoup d’audace et de malice.
Le film s’ouvre sur une scène enchantée, dans laquelle le cinéaste présente le monde où vivent You Man-Su et sa famille. Comme le personnage principal, la maison labyrinthique est ancrée dans la nature. Des lianes lient presque la forêt, le jardin et la maison à une serre luxuriante. La première séquence déborde d’amour dans ce lieu paradisiaque. La petite famille officie un câlin général auquel même les chiens participent. La petite troupe vit ainsi en autarcie, isolée dans ce petit paradis forestier. Un moment idyllique qui va rapidement basculer. Après avoir touché du doigt l’univers du conte dans cette première séquence le scénario promet du mordant. L’absurde côtoie le burlesque et un humour noir teinté d’une profonde ironie habite ce film au scénario redoutable, où chaque élément de la mise en scène est millimétré. You Man-Su se voit contraint de travailler seul dans son usine où les robots ont remplacé ses collègues licenciés, avant d’être lui même broyé par la machine économique. Les séquences sont minutieusement mises en scène avec des décors et des personnages savoureux. Lee Byung-hun interprète avec sensibilité You Man-Su, cet homme au bout du rouleau prêt à tout et au pire pour retrouver son statut social. Son Ye-jin campe une épouse réactive et prête au combat pour les sortir du marasme quitte à stopper ses cours de tennis et travailler à temps partiel. Le cinéaste traite d’une société en crise où les cadres au niveau de vie confortable, comme cette famille se voient confrontés à la perte d’un emploi, tombent dans le chômage et le déclassement social. Il leur faut peu à peu renoncer au confort, se séparer des chiens etc. Un monde où, aussi absurde soit-elle, la thérapie du licenciement collectif existe et n’est pas un tabou.
Le cinéaste montre la désespérance face à un monde économique intraitable qui broie l’humain. Son récit est ingénieux, l’absurde y côtoie le merveilleux et l’humour mord d’une ironie folle. Les drames humains valsent au profit du burlesque, comme l’épouse qui avant un entretien conseille à son cher et tendre, «Massacre les !» et lui-même répond «Je vais les massacrer !». Le monde du travail devient un monstre auquel s‘accrochent désespérement les personnages, loin de tout libre-arbitre. L’empathie n’est plus de mise dans ces rapports de travail, de concurrence où l’humain s’efface pour laisser place aux pires vices du anti-héros, avec beaucoup de drôlerie.