Quand vient l’automne, un thriller sensible et mystérieux de François Ozon

Après Mon Crime, François Ozon part en Bourgogne filmer Quand vient l’automne, un drame particulièrement subtil avec un casting quatre étoiles. Poétique comme les feuilles des arbres qui virevoltent en automne, le film porte les couleurs de l’arrière saison et enrobe ses personnages d’un joli manteau doré. Le dernier long métrage du cinéaste clôturait le 4 octobre le 39ème Festival International du Film Francophone de Namur (FIFF).

L’hyperactive Michelle profite de sa retraite dans un paisible village français. Elle attend impatiemment l’arrivée de son petit-fils Lucas (Garlan Erlos, puis Paul Beaurepaire à 18 ans) qui passera ses vacances scolaires auprès d’elle, à la campagne. Mais la visite prendra une tournure inattendue. Sa meilleure amie Marie-Claude quant à elle espère la sortie de prison de Vincent, son fils.

Le cinéaste emmène le spectateur dans un très beau drame dont l’ambiance tournera au thriller façon Simenon aux couleurs automnales. Hélène Vincent interprète magnifiquement Michelle, cette femme énergique avide d’une vie saine qui passe ses journées dans son potager. Sa relation avec son amie Marie-Claude, formidable Josiane Balasko est d’une justesse étonnante. Les deux actrices jouaient déjà des mères dans Grâce à Dieu. Fait rare au cinéma, François Ozon offre ses premiers rôles à deux femmes âgées. Le cinéaste «osait» déjà offrir un rôle exceptionnel à Charlotte Rampling, magnifiant à l’écran son corps ridé dans Sous le Sable en 2000. Il fait preuve d’une grande connaissance psychologique des femmes et créé des protagonistes passionnantes. Avec une grande finesse, il décrit les vies de femmes mûres qui au-delà de leur quotidien gèrent leur dépendance à bout de bras. Ludivine Sagnier (Swimming Pool) campe Valérie, la fille de Michelle constamment à fleur de peau. En pleine ascension, Pierre Lottin (qui jouait aussi dans Grâce à Dieu), également présent dans En Fanfare d’Emmanuel Courcol qui faisait l’ouverture du FIFF, livre ici une prestation bien sentie du fils de Marie-Claude, repris de justice écorché par la vie mais qui au fond n’est pas bien méchant.

François Ozon réussit un film mature sur des personnages invisibilisés au cinéma, des femmes qui s’épaulent dans leur quotidien et vivent simplement avec les drames et joies de la vie. Il magnifie les mystères de l’existence par une banalité des faits tout en prônant des valeurs d’humanité. Le film est superbe, même si la mise en scène implique un certain artifice qui participe à sa poésie et le suspense est total.