Les Tourmentés un thriller glaçant et carnassier de Lucas Belvaux

Fait rare le dernier long métrage de Lucas Belvaux, Les Tourmentés est l’adaptation au cinéma de son roman éponyme à succès paru en 2022. Ce thriller psychologique impressionne par son audace, son traitement frontal de tabous sociétaux et une analyse très fine de la psychologie humaine dans l’exploration de ses recoins les plus obscurs. A lire aussi : entretien avec Lucas Belvaux.

Après avoir perdu la confiance de sa femme et de ses enfants Skender, ancien légionnaire, vit à la rue. De son côté Madame, veuve fortunée à l’ennui facile, passionnée par la chasse, charge son majordome d’une terrible mission, lui trouver un gibier moyennant une importante somme d’argent.

Skender est un homme en lutte. Regard sombre et dur, ses yeux trahissent une vie pas toujours rose. Niels Schneider interprète avec force cet homme fier qui survit dans les recoins de nature d’une ville en mouvement. Son ancien compagnon de route, Max, Ramzy Bedia réapparait dans sa vie comme une occasion inespérée de renouer avec la société. La relation entre les deux hommes est riche de leur passé et de la confiance qu’ils éprouvent l’un envers l’autre. Bourgeoise délicate et cultivée, Madame, Linh-Dan Pham a des passe-temps pour le moins originaux et… carnassiers. A l’opposé, la solaire Manon, Déborah François, infirmière, élève seule ses deux garçons depuis les affres de leur imprévisible père. Les traumatismes de guerre ont eu raison du couple. On assiste d’un côté à une tentative de reconstruction progressive d’un bonheur impossible avec cette charmante vieille maison dans le sud et la destruction de la vie humaine de l’autre, avec l’annihilation de tout espoir.

Ce thriller intimiste et terrifiant est terriblement maitrisé. Lucas Belvaux déploie une mise en scène sobre et glaciale qui laisse le temps à cette histoire de se dérouler dans une confrontation psychologique sordide entre les personnages, le tout avec un suspense mesuré. Des flashs viennent régulièrement parasiter le récit, avec des temporalités différentes, comme une vision du futur, du passé ou d’un fait imaginé par un personnage. Le cinéaste perd le spectateur avec art dans un suspense total et sème le doute dans son esprit.La psychologie sort du cadre.

Lucas Belvaux pousse l’audace jusqu’au bout, dans les règles de la psychanalyse ce qui rend l’histoire vraisemblable de justesse. Il manie des idées extrêmes dans un jeu psychologique impensable. On cherche désespérément l’empathie chez les protagonistes dans ce récit diabolique, mais en sont-ils encore capables ? Et comment en sont-ils arrivés là ?

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