
Réalisé par le scénariste et réalisateur James Vanderbilt, Nuremberg est un long métrage historique des plus intéressants. Ce drame de guerre psychologique se penche sur l’intime de la grande Histoire.
Il offre un point de vue différent de celui de la mémoire collective à travers les images du premier procès international filmé intenté par les Alliés aux dirigeants nazis à la fin de la seconde Guerre Mondiale. Riche d’un casting de haut vol, James Vanderbilt se penche sur ce coup de maître juridique qui posera les bases de la justice internationale. Un film « basé sur les témoignages de ceux qui ont survécu ou non » précise le générique, gage du souci de vérité que porte cette fiction.
Le 7 mai 1945 Hermann Göring, second du troisième Reich, se rend. A New York Le juge Jackson entreprend de juger les dirigeants nazis en leur intentant un procès, « Un cauchemar à organiser, mais cela doit être fait » lâchera le juge déterminé, Michael Shannon. Il sera épaulé par le procureur adjoint britannique Sir David Maxwell-Fyfe, Richard E. Grant. Le psychiatre américain Douglas Kelley, Rami Malek est quant à lui chargé d’évaluer la santé mentale des hauts dignitaires nazis pour déterminer s’ils sont aptes à être jugés pour crime de guerre. Face au bras droit de Hitler Hermann Göring, manipulateur de génie interprété par Russell Crowe au jeu troublant, le psychiatre se trouve pris dans une dangereuse et fascinante relation.
Le film adopte un point de vue inexploré sur ces faits historiques. Alors que le procès de Nuremberg est acté dans l’histoire collective et les dirigeants nazis définitivement jugés coupables de crimes contre l’humanité, le cinéaste nous propose un moment de l’histoire en suspens. La faisabilité d’un procès international auquel participeraient les Alliés n’était alors pas acquis. Les protagonistes posent des questions qui semblent aberrantes aujourd’hui, « Et si les nazis n’étaient pas condamnés et repartaient libres ? » « Ce procès ne va-t-il pas constituer une vitrine de propagande pour les nazis ? ».
Dans son scénario inspiré du livre Le Nazi et le Psychiatre de Jack El-Hai, le cinéaste se penche grâce à la figure du docteur sur le mental des dirigeants nazis. Son approche et sa relation avec Göring personnage séduisant et ambivalent éclaire la difficulté d’en découdre avec de telles personnalités. Rudolf Hess a feint l’amnésie. Ces hommes sont-ils des monstres ou des êtres humains comme vous et moi?
Une séquence marquera profondément le récit. La projection d’images d’archives extraites des 1200 camps nazis. Des images difficiles bercées par le ronronnement de la pellicule sont accompagnées d’une simple voix-off au ton journalistique. Une séquence insoutenable qui ne laissera personne indemne. A noter, l’acteur Leo Woodall campe un jeune et sympathique traducteur qui aide le psychiatre Douglas Kelley dans son travail. Les langues en version originales sont respectées, une rareté dans le cinéma américain qui accroit la véracité du film mais répond également à des besoins scénaristiques.
Aussi historique qu’il soit, le film se lit aussi et surtout au présent. Il retentit très fort dans notre époque contemporaine avec l’analyse du comportement d’hommes fascistes, dictateurs, manipulateurs et narcissiques qui se sont saisis du pouvoir pour le pire, la solution finale à la question juive et 70 millions de morts. Leur jugement par un tribunal militaire international fut la première étape d’une juridiction pénale internationale.
Photo © Scott Garfield.