
Second long métrage de Jeanette Nordahl après Wildland, Beginnings est un drame familial percutant mis en scène avec subtilité, sur un scénario coécrit par la cinéaste avec Rasmus Birch. Trine Dyrholm se met à nu dans une prestation époustouflante et dans un rôle à la mesure de cette très grande actrice. Une fiction complexe porteuse d’espoir.
Dès son ouverture le film nous emmène respirer sous l’eau au rythme du souffle d’Anne, biologiste marine en pleine séance d’exploration. La cinéaste dévoile la nature par le côté brut de ses éléments, vent, vagues impressionnantes, sans concession. Anne vit avec son mari Thomas, David Dencik, éducateur dans un centre pour jeunes en difficulté. Ensemble ils ont deux filles, Clara, une adolescente gymnaste, interprétée par Bjørk Storm, véritable révélation du film et la jeune Marie, Luna Fuglsang Svelmøe. Le couple est sur le point de se séparer, mais tout est encore tu pour les filles. C’est alors qu’ Anne est victime d’un accident vasculaire cérébral. Cette femme si active va faire face à un vide sidéral, celui de ne plus être capable de vivre comme avant. Confronté à de nouvelles réalités qui bouleverseront leur vie et leurs projets, le couple va devoir envisager autrement ce présent inattendu, tout comme l’avenir.
La justesse de ton du récit habite ce drame familial bouleversant qui épouse le point de vue de chaque personne de la famille et en fait la richesse. La cinéaste parvient à restituer l’ambigüité d’une situation complexe. En famille « On s’entraide tous », lancera Anne, diminuée. L’histoire en appelle à la résilience des personnages, mais surtout d’Anne face à l’inimaginable pour cette quadra dynamique et indépendante. Pour elle tout s’arrête d’un coup alors que la vie continue. Elle doit repartir à zéro, ré-apprendre le b.a-ba, parvenir à placer un pied devant l’autre pendant la rééducation.
La performance de Trine Dyrholm est exceptionnelle, on retiendra cette séquence d’une intensité dramatique forte à la piscine où elle tente de nager d’un seul côté, paralysée de l’autre, combat dramatique pour cette professionnelle de la plongée. Ou encore celle poignante, où assise, elle tape le rythme en regardant les danseurs sur la piste puis se lève et se lâche en dansant, l’émotion est alors totale.
La mise en scène de Jeanette Nordahl est très délicate. la caméra se penche sur des détails. On ne verra pas la chute du personnage principal mais les à côtés. Des détails de la vie qui ont tout autant leur pertinence que la vision directe des choses. Les photos de la vie d’avant apparaissent comme des traces d’un bonheur perdu disparu subitement et devenu inaccessible.