Tatami, un uppercut sportif et politique de Zar Amir & Guy Nattiv

Au sortir des JO 2024 à Paris et de la remise au goût du jour des valeurs sportives, Tatami arrive à point. Prix d’interprétation féminine à Cannes en 2022 pour Les nuits de Mashhad d’Ali Abbassi (Holy Spider), l’actrice Zar Amir et le cinéaste Guy Nattiv (Skin, Golda) co-réalisent ce long métrage dans une collaboration irano-israëlienne fructueuse et hautement symbolique. Tatami est un uppercut cinématographique sportif et politique sur les droits humains fondamentaux. Un thriller intense et glaçant inspiré de faits réels qui se déroule dans le milieu du sport, aux Championnats du monde de Judo. (A lire aussi: entretien avec Zar Amir).

L’équipe de Judo d’Iran se rend aux Championnats du monde. Leïla et son entraîneuse Maryam y participent avec la ferme intention de décrocher le graal, ramener la première médaille d’or à leur pays, l’Iran. Des enjeux politiques viendront peu à peu interférer dans le bon déroulé des épreuves et la compétition prendra une tournure inattendue. Les deux femmes vont vivre des championnats plus intenses qu’ils n’auraient dû l’être au départ.

Co-écrit avec Guy Nattiv et Elham Erfani, le scénario égraine une lente et implacable escalade chronométrée au sein de ces Championnats du monde. La compétition se déplacera peu à peu du sport à un niveau politique dans une spirale infernale. Tel un combat de Judo, le duo de comédiennes formé par Arienne Mandi et Zar Amir fonctionne à merveille dans la confrontation. En pugnace judokate, Arienne Mandi donne corps et âme à son personnage, Leïla Hosseini qui combat pour la République d’Iran. Auprès d’elle, Maryam, Zar Amir, sa coach plutôt austère est un personnage très ambivalent. Tout en entrainant Leïla, la coach suivra les diktats de ses supérieurs en lien direct avec le gouvernement. Elle est un personnage clé de l’intrigue.
La mise en scène radicale, même si elle est parfois un peu trop appuyée, cadrage serré (4/3) et noir et blanc assumés, sert malgré tout le thriller dans son intégralité. Les enjeux du récit sont cruciaux pour les protagonistes, noyés dans une menace de parfum de mort ambiante.

Malgré son aspect fictionnel, Tatami s’inspire du réel et s’ancre dans une actualité brûlante. Les valeurs sportives nous ont été rappelées par les derniers JO soulignant les droits humains fondamentaux qui régissent le sport et leurs chartes. Co-réalisé par une Iranienne et un Israélien le long métrage de Zar Amir & Guy Nattiv touche du doigt le conflit millénaire au Moyen Orient entre Israël et l’Iran. Cette heureuse collaboration est une lueur d’espoir dans un présent très sombre.

A lire aussi: Entretien avec Zar Amir pour Les nuits de Mashhad de Ali Abassi et critique du film.