
La Petite dernière est le troisième long métrage de la comédienne et cinéaste Hafsia Herzi. qui trace avec détermination un chemin cinématographique discret et profond. Après avoir remporté le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Borgo de Stéphane Demoustier, son film La Petite dernière entrait cette année dans la compétition cannoise. L’actrice Nadia Melliti premier rôle solaire, a remporté le prix de la meilleure actrice au 78e Festival de Cannes. Derrière une réalisation classique impeccable, Hafsia Herzi s’empare d’un sujet courageux en adaptant le roman de Fatima Daas sur un scénario écrit de sa main avec beaucoup de sensibilité.
Fatima 17 ans, vit en banlieue dans une famille aimante et joyeuse où elle est « la petite dernière ». Bonne élève, elle quitte le lycée pour une fac de philosophie à Paris où elle découvre un nouveau monde. La jeune femme se dévoilera à elle-même peu à peu. Dans une quête d’identité et d’émancipation de sa famille et des traditions elle questionnera comment combiner ses aspirations et ses désirs naissants avec sa foi.
Dans ce drame Hafsia Herzi dessine le portrait juste et audacieux d’une jeune femme musulmane tiraillée entre son désir pour les femmes et sa religion. Nadia Melliti dont c’est la première apparition au cinéma interprète brillamment cette jeune femme en plein questionnement existentiel. Dans son premier rôle Nadia Melliti crève l’écran en Fatima, cette jeune femme croyante qui cherche des repères dans un monde bouleversé par ses désirs. Elle vivra un parcours initiatique, découvrira sa sexualité et sera tiraillée entre sa foi et sa nature, son être profond.
La cinéaste réalise un film engagé sur un personnage jusqu’ici absent du cinéma. Elle traduit parfaitement et de manière onirique le dilemme intime qui touche la jeune femme. Fatima vit dans une cité de banlieue où l’homophobie règne en maître. Toujours proche de ses personnages la cinéaste montre toutes les facettes de Fatima. Pieuse et voilée pour la prière, Fatima revêt jogging et casquette dans la rue. Ses sœurs lui intiment d’être plus féminine pour espérer trouver un mari. Volontaire, elle ira discuter avec un Imam du problème que vit l’une de ses amies. L’Imam lui répondra que depuis la nuit des temps « l’homosexualité est prohibée ». Bonne élève la jeune femme reprendra contact avec un « amoureux » qui n’a d’amoureux que le nom. Fatima se plie, docile, aux règles imposées par son milieu culturel et traditionnel. Son milieu familial dans l’appartement de ses parents est extrêmement chaleureux. La cinéaste décrit superbement ce lieu de vie joyeux et bruyant où les femmes cuisinent quand le père se repose sur le canapé.
Hafsia Herzi dresse un portrait intimiste et émouvant de cette jeune femme contrainte de franchir des murs pour exister. Après la recherche du genre il lui faudra découvrir l’Amour. Fatima souhaite être fidèle aux siens, aux traditions, à sa religion, mais aussi à elle-même.