Silence de de Martin Scorsese, prisonniers de leur foi. Magistral. – En salle le 15 février

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XVème siècle au Portugal. Deux jeunes prêtres jésuites sont informés du bilan catastrophique des exactions de chrétiens au Japon. Ils décident de partir sur les traces de leur mentor disparu là-bas, alors qu’il tentait de répandre les enseignements du christianisme.

SILENCE
L-R: Yoshi Oida plays Ichizo, Shinya Tsukamoto plays Mokichi, Andrew Garfield plays Father Rodrigues and Adam Driver plays Father Garupe in the film SILENCE

Silence, drame réalisé par Martin Scorcese est inspiré du livre éponyme de l’écrivain catholique japonais Shūsaku Endō, écrit en 1966. C’est un film complexe, une épopée, mais surtout une aventure intérieure pour les protagonistes qui relance de nombreuses questions toujours d’actualité. Le film ébranle les certitudes des personnages. La bonté a-t-elle à voir avec la religion ? Comment l’esprit tire-t’il à la fois une force de cette passion pour la religion et en même temps cet entêtement à vouloir croire en un dieu qui reste silencieux face aux massacres alors que l’on tue en son nom ?

Le Film s’impose comme un véritable tableau insérant les protagonistes dans une atmosphère mystérieuse et presque mystique. Le chef opérateur Rodrigo Prieto signe sa seconde collaboration avec le cinéaste après Le loup de Wall Street. Il s’est attaché à trouver des paysages expressifs tentant de donner un équilibre entre l’évocation de suspens et la spiritualité dans les lumières et les couleurs, pari réussi. On plonge dans les brumes sans jamais avoir de profondeur de champ, la nature est partout et submerge les personnages, on pourrait presque palper les différentes matières naturelles de ce récit : minérale avec les roches, la jungle verdoyante, l’eau de la mer. On est au sein des éléments naturels et bruts, immergés dans la nature avec toute sa puissance. Les missionnaires décriront d’ailleurs la vie des villageois encerclés par ces milieux ardus comme une vie horrible et difficile.

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Deux jeunes missionnaires jésuites vont plonger dans ce milieu hostile et braveront tous les dangers pour retrouver leur mentor, le mystérieux Ferreira, Liam Neeson, en essayant de répandre la bonne parole chez les  japonais. Ceux d’entre-eux qui croient toujours au catholicisme  sont désormais persécutés puisque cette religion est désormais interdite dans le pays. C’est un grand rôle qu’offre Scorcese à Andrew Garfield (The social network de David Fincher, 99 Homes de Ramin Bahrani) qui réalise une vraie performance en incarnant le père Sebastiao Rodrigues, habité d’une foi qui lui confère une force incroyable presque incompréhensible. Le comédien est exceptionnel dans toute la fragilité et dans la profonde humanité qu’il dégage. Le second, Père Francisco Garupe, plus nerveux, est interprété par Adam Driver (Star Wars – le Réveil de la force de J.J.Abrams,  Paterson de Jim Jarmusch).  Un personnage troublant pour les missionnaires sera celui de Mokichi, incarné par Shinya Tsukamoto. On notera aussi la présence de Issei Ogata, Inoue, cet inquisiteur japonais si distingué qui parle parfaitement anglais et cherche à discuter avec le missionnaire, de foi, de religion, en opposant boudhisme et catholicisme. Les missionnaires vont être confrontés à des choix impossibles et contraires à leurs croyances.

Silence est l’occasion pour Martin Scorcese, marqué par son éducation catholique, de se questionner sur la foi. Interroger la croyance pour les personnages, c’est remettre en question les fondations de leur être, ébranler leurs certitudes. En replaçant son récit en pleine nature avec toute sa puissance et son âpreté, Scorcese met en exergue sa force inexplicable, décidément plus forte que l’homme, les vagues, la brume, la sécheresse… Au-delà, le film questionne le monde. Ce drame résonne dans l’actualité à une époque où les religions reprennent de plus en plus d’importance dans les sociétés et où comme par le passé, l’on tue au nom d’un Dieu quel qu’il soit.

https://youtu.be/IqrgxZLd_gE