The Father, Anthony Hopkins magistral en patriarche perdu

Adaptation de sa célèbre pièce de théâtre éponyme, The Father est un drame signé Florian zeller. Le dramaturge s’attaque de manière frontale à un sujet difficile, au drame familial de la vieillesse, la démence et la dépendance. Une première au cinéma plutôt réussie puisque The Father est le premier long métrage du metteur en scène – qui engrangeait six nominations aux Oscars, dont celle du meilleur film et en décrochait deux à l’arrivée, une pour le scénario d’adaptation co-écrit avec Christopher Hampton et l’autre évidente pour Anthony Hopkins en Meilleur acteur masculin.

Alors qu’il vieillit, un homme refuse l’aide de sa fille. La situation se dégrade et il commence à la fois à douter de ses proches et de la réalité.  Le duo d’acteurs est subtilement accordé, entre un père qui réagit parfois de manière agressive tant il est perdu et sa fille, confrontée à la difficulté du réel, d’un patriarche en perte de repère. Anthony Hopkins excelle dans l’un de ses meilleurs rôles. Sa fille est magistralement interprétée par une Olivia Colman à fleur de peau. La comédienne était également nommée à l’Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle.

La mise en scène très sobre et presque théâtrale favorise le jeu des acteurs. Des plans séquences fixes découvrent un immense appartement dont on ne sortira pas. Cette sobriété du décor est psychanalytique. L’appartement est un personnage à part entière du récit et les multiples portes de ce long couloir où l’on revient sans cesse, invitent à toutes les aventures différentes que va vivre le vieil homme malgré lui.

Le cinéaste convie le spectateur à épouser le point de vue du personnage principal et à éprouver comme lui sa perte de repères. Chaque jour il perd pied et ne comprend pas ce qui lui arrive. Alors qu’en général dans la réalité le spectateur constate la démence de l’extérieur, Zeller nous invite à la ressentir par le regard du protagoniste, aussi effrayante soit elle. Il nous confronte ainsi à l’universalité de notre condition humaine. Le cinéaste pose son dispositif filmique pour magnifier ses acteurs et permettre à Anthony Hopkins une performance exceptionnelle dans laquelle il passe par tous les âges de la vie et lui offre l’un de ces meilleurs rôles.