
Les soeurs Delphine et Muriel Coulin adaptent librement au cinéma le roman de Laurent Petitmangin, Ce qu’il faut de nuit et signent un drame poignant, Jouer avec le feu. Ce long métrage touche particulièrement dans sa plongée au coeur de l’intimité d’une famille par son côté universel, un père qui voit grandir ses enfants et l’indépendance que ceux-ci prennent naturellement, dans le droit chemin ou pas avec comme sujet phare la radicalisation d’un fils. Vincent Lindon a décroché le Prix du meilleur acteur à la Mostra de Venise 2023.
Courageux cheminot solidaire envers ses collègues, Pierre élève seul ses deux fils. Le cadet, Louis se concentre sur des études plutôt réussies tandis que son ainé, Fus, empreinte un destin bien différent. Fasciné par l’appartenance à un groupe et la violence, le jeune homme s’approche de groupuscules d’extrême droite bien loin des valeurs paternelles. Pierre assiste impuissant à la dérive de son ainé.
Benjamin Voisin, incarne une nouvelle fois un rôle fort, Fus, face à Vincent Lindon, courageux père aux prises avec une dure réalité. L’homme pourtant solide aimerait stopper la dérive de cet enfant mais malgré ses valeurs et son engagement ne parviendra à rien. L’enfant qui devient adulte lui échappe désespérement comme du sable qui lui coulerait entre les doigts. La fratrie de Fus et Louis est très palpable avec cette entente non-dite naturelle. Stefan Crepon campe ce frère et ce fils doué qui s’éloigne de son frère malgré lui par son travail et sa réussite.
La force du récit réside dans son sujet, le processus de radicalisation sournois au sein d’une famille observé du point de vue de l’intime, par les relations familiales entre les personnages. Les soeurs réalisatrices montrent par l’intime l’impuissance crasse d’un père, qui malgré l’amour présent dans cette famille voit son fils lui échapper. Elles décortiquent au sein de la cellule familiale le processus de radicalisation, l’éloignement progressif d’un être cher, un enfant et l’incompréhension générée chez un père responsable qui a tout fait pour élever ses fils du mieux qu’il pouvait. Bien que bouleversant le film est un peu inégal dans sa mise en scène. Dans une première partie l’entente de cette famille est présentée un peu trop rapidement par des « clips de vie ». Quand le narratif se penche plus précisément sur la psychologie des protagonistes par la suite, la relation entre les trois hommes dont la mère brille par son absence prend vie, très délicatement mise à l’écran. Le tissu familial est alors rendu avec beaucoup de justesse par Vincent Lindon et le trio d’acteurs. Le relationnel et cet aspect psychologique viennent cueillir l’émotion du spectateur qui trouve une grande capacité de projection dans l’intimité de cette situation universelle, à notre époque où le radicalisme connait un franc succès.
https://youtu.be/vsrjMPtcP0E