« Ce qu’il reste de nous », une épopée familiale palestinienne de Cherien Dabis

Ce qu’il reste de nous (All That’s left of you) est un ambitieux drame familial qui retrace la destinée d’une famille palestinienne de 1948 aux années 2020. La comédienne et réalisatrice Cherien Dabis se met en scène dans cette impressionnante saga familiale basée sur des événements historiques qui se déroule sur trois générations.

Une course-poursuite effrénée à travers les rues de Jaffa est en cours entre Malek et Noor, deux ados qui se disputent une douille perdue. Ils terminent leur course dans une manifestation face à l’armée israélienne. En gros plan et face caméra, une mère, Hanan, témoigne alors frontalement de ce qui a mené son fils Noor à ce moment fatidique.

C’est à partir de l’orangeraie de son beau-père Sharif, Adam Bakri (Mohammad Bakri interprète Sharif plus âgé), à Jaffa en Palestine que Hanan raconte la destinée de son fils Noor, ancrée dans l’histoire de sa terre natale. Expropriée en 1948 de sa maison et de ses orangeraies à Jaffa, la famille palestinienne devra se réinventer sur des générations. La cinéaste décrit les événements qui ont conduit à la situation actuelle par chapitres. En 1978 Salim le fils cadet de Sharif, Saleh Bakri (Le Bleu du Caftan) est devenu instituteur. Il prône l’imagination dans ses cours auprès de ses jeunes élèves, comme un recours face à la dureté de la vie. Un incident le verra humilié devant son jeune fils Noor par l’armée israélienne, traumatisme qui restera indélébile pour le jeune garçon. En 1988 Noor (Muhammad Abed Elrahman Noor et Sanad Alkabarete) participe à une manifestation et reçoit une balle. Ses parents vont tout tenter pour le sauver mais connaitront les obstacles de leur condition palestinienne compliquant la rapidité de l’intervention, laisser-passer, traductions à l’hôpital de Haïfa prendront du temps. Cette malheureuse situation met en lumière le traitement de ces citoyens considérés comme étant « de seconde zone ».

Partant d’un point de vue unique le narratif du film est quelque peu manichéen, l’occupation est seulement esquissée, mais la tragédie vécue par cette famille ancrée dans le récit historique bouleverse le spectateur et l’emporte sur la forme. La musique composée par Amine Bouhafa (Gagarine, L’homme qui a vendu sa peau) participe également à la dramatisation du récit.

Ce film est un drame sur la résilience à travers les générations, qui sera insufflée aux hommes par l’héroïne. La plupart des hommes retiennent une colère venue de leur déracinement, comme Sharif et son petit fils Noor. Hanan comme le film et malgré la tragédie, tente d’avancer et d’unir les peuples juifs et arabe.