
Après Un Héros Grand Prix au festival de Cannes 2021 (ex aequo avec Compartiment n°6 de Juho Kuosmanen), le cinéaste iranien Asghar Farhadi (Le Passé, La séparation) est de retour avec Histoires parallèles, un film au casting très français. Une comédie dramatique romancée inspirée du Décalogue de Krzysztof Kieślowski où une écrivaine tire les ficelles d’un récit présupposé. Le film est en compétition officielle au 79e festival de Cannes en lice pour la palme d’or.
Des mains s’engagent sur une machine à écrire et un titre convie le spectateur à entrer dans ces « Histoires parallèles ». Celles inventées par une romancière interprétée par la formidable Isabelle Huppert qui se pavane en écrivaine bohème aux milles bijoux et aux immenses robes de chambre. Elle écrit en épiant ses voisins, grande source d’inspiration. En croisant sa route, le jeune Adam, Adam Bessa, bouleverse bien plus ses habitudes qu’elle ne le pensait au départ. Une certaine poésie émane de ce récit dévoilant une écrivaine qui dans son « appartement-antre » écrit une histoire parallèle dont on ne sait si elle est réelle ou non, avec une Virginie Efira rare en Anna, femme indépendante, un peu hors du temps au sein d’un triangle amoureux auquel elle répond sans trop d’affect.
Le jeu relie les fils narratifs qui se mêlent dans ce film clairement écrit pour les acteurs. Un coup de coeur pour Adam Bessa, qui confirme sa présence charismatique dans le rôle mystérieux d’un inconnu qui dort dans un centre social au début du film et que la nièce de l’écrivaine, l’excellente India Hair, intrigue. On assiste à la transformation très intéressante des acteurs français que nous connaissons sous l’oeil d’Asghar Farhadi qui distille autour d’eux une touche orientale. Virginie Efira, longue chevelure de jais ondulée, Vincent Casssel – exit le séducteur – joue son âge pour une fois, vieilli et handicapé par son dos. Pierre Niney abandonne son côté lisse, filmé en contraste par la caméra du cinéaste, qui va chercher la noirceur, le contraste dans ces visages comme s’il filmait des acteurs iraniens.
Dans cette comédie dramatique, roman et cinématographie se répondent dans un jeu intelligent entre réalité et fiction. Différents niveaux de lecture se révéleront dans les différentes histoires avec une incidence de la fiction sur le réel et vice versa. Adam se nourrira de fiction et l’écrivaine d’un réel imaginé. Asghar Farhadi fait preuve d’une grande liberté scénaristique, même si à force de complexifier le récit celui-ci puisse manquer de simplicité. Le film se déploie longuement et le rythme aurait pu être resserré dans cette histoire un peu trop tortueuse.
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– « Susciter la réflexion par l’émotion » entretien avec Asghar Farhadi, Un Héros.
– « La paranoïa est un personnage du film à part entière » entretien avec Adam Bessa, Les Fantômes.