« J’aime bien le mot incarnation, le fait qu’un acteur amène son corps, sa viande, sa carne » Entretien avec Cédric Klapisch pour Ce qui nous lie

Le péril Jeune, Un air de famille, L’auberge espagnole : Les comédies de Cédric Klapisch ont leur succès. On sait moins qu’il est aussi documentariste et que, refusé à l’entrée de l’IDHEC (ancien nom de la FEMIS), c’est maîtrise de Cinéma en poche qu’il s’en est allé étudier le cinéma à l’Université de New York. Sans doute le secret d’un cinéma français teinté de multiculturalité, l’un des ingrédients de sa réussite. Fin découvreur de talents, il a déniché Romain Duris, Cécile de France… Son dernier film, au ton juste et chaleureux raconte les retrouvailles d’une fratrie en Bourgogne qui va devoir s’occuper de l’exploitation viticole du père décédé. Un film mature, projeté en avant-Première au Brussels Film Festival dont Cédric Klapisch est l’invité d’honneur. Lire la suite

« J’aime quand on sent l’imprégnation du réel dans la réalisation, comme les Manouches qui apportent leur vérité » Etienne Comar, réalisateur de Django

Avec Django, Etienne Comar, scénariste et producteur de films (Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, Les Saveurs du palais de Christian Vincent), se lance dans un ambitieux premier long métrage sur Django Reinhardt, racontant une période méconnue de la vie du musicien. Il dépeint comment cet illustre artiste, issu de la communauté Tzigane, va vivre les sombres années de la seconde guerre mondiale qui vont ravager les siens. Ce film englobe à la fois le portrait du musicien et une reconstitution historique de poids, nécessaire, puisque c’est la première fois qu’elle est portée à l’écran. Lire la suite

Django d’Etienne Comar, Reda Kateb interprète brillamment Django Reinhardt dans la France occupée de 1943 – sortie le 10 mai

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En 1943, Paris est sous l’occupation allemande. Le musicien Django Reinhardt est au sommet de son art et se produit dans les plus grandes salles de spectacle, tandis qu’en Europe la communauté tzigane est persécutée. Ses affaires se compliquent lorsque la propagande nazie souhaite l’envoyer en Allemagne faire une tournée de concerts. Lire la suite

La fille inconnue de Luc et Jean-Pierre Dardenne : Le Serment d’Hyppocrate mis à mal – En salle le 5 octobre

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Jenny (Adèle Haenel) est une jeune médecin généraliste dévouée à ses patients. Un soir on sonne à son cabinet. Il est tard. Elle n’ouvrira pas. Elle apprendra le lendemain qu’une jeune femme non identifiée est morte. Rongée par la culpabilité, Jenny va enquêter.

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Les frères Dardenne sont devenus les représentants d’un cinéma social européen, au même titre que Ken Loach ou Mike Leigh avec un palmarès impressionnant : Rosetta et L’enfant ont obtenus la Palme d’or au Festival de Cannes, Le Silence de Lorna y a décroché le Prix du scénario, Le gamin au vélo s’y est attribué Le Grand prix et Deux jours, une nuit a reçu le Magritte du meilleur réalisateur ici, en Belgique.

Plus mature que les films précédents, La fille inconnue est une enquête sur fond d’arrière-plan social. Tout en poursuivant leur démarche de cinéma social emprunt de réel, les cinéastes osent remettre en question leurs habitudes. Depuis quelques films ils distribuent leur premier rôle à des actrices confirmées, contrairement aux précédents ou des non professionnels se voyaient confier le rôle-titre comme c’était le cas pour Emilie Dequenne dans Rosetta ce qui lui avait valu d’ailleurs le Prix d’interprétation féminine à Cannes. Après Cécile de France et Marillon Cotillard (nominée à l’oscar pour son rôle dans Deux jours, une nuit), c’est l’éblouissante Adèle Haenel (César de la meilleure actrice pour Les Combattants de Thomas Cailley) qui va porter ce film en incarnant la sérieuse et dévouée Jenny, jeune médecin généraliste coupable de ne pas avoir ouvert la porte à la victime le soir du drame. On grimpe dans l’échelle sociale avec cette première personnalité à avoir fait des études et qui évolue dans un milieu social plus aisé. Le fond social est cependant bien présent dans le scénario. Jenny refuse la reprise d’un cabinet au profit d’un autre en zone moins favorisée. Elle entretient une relation proche avec ses patients qui le lui rendent bien lui offrant café, gaufres… Elle n’hésite pas à appeler la compagnie de gaz pour la facture de l’un de ses patients diabétiques qui ne peut se déplacer et refuse d’abandonner un stagiaire qui renonce à sa carrière suite au drame alors qu’elle le sait fait pour ça. Bref, Jenny est à l’écoute des autres.

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Le point de rupture pour elle c’est son absence de réaction (elle a refusé d’ouvrir la porte) qui est à l’opposé de ses valeurs et en contradiction totale avec le serment d’Hyppocrate qu’elle a prêté en tant que médecin. Son but étant de sauver des vies, pas le contraire. L’émotion va prendre le dessus sur la raison, Jenny va enquêter coûte que coûte refusant de se résigner. Elle est rongée par la culpabilité : la jeune femme à qui elle a refusé d’ouvrir a été tuée et va être enterrée, sans qu’elle ait été identifiée. Cela provoque son acharnement, elle est obnubilée par son enquête, quitte à prendre des risques. Elle s’installe dans le cabinet face au lieu du drame…

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Comme dans les autres films des « Frères », on est en mouvement et on suit de près le personnage dans sa quête. Le langage du corps est comme toujours bien présent et fort accentué par les gestes du travail du médecin avec ses malades, bien étudiés et reproduits dans un souci de réalisme.

Adèle Haenel est éblouissante en médecin généraliste concentrée sur sa tâche et dévouée à ses patients. On apprécie ce personnage qui se sent responsable et coupable (sans aucun misérabilisme). On la suit volontiers dans ses recherches. Après cette longue et intense enquête on aurait aimé un dénouement un peu plus complexe qu’il ne l’est, puisque tout ce qui y amène est extrêmement bien ficelé. Qu’à cela ne tienne le film reste une très belle œuvre plus mature « des frères ».

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