L’histoire de l’amour de Radu Mihaileanu, une épopée romanesque autour de « la femme la plus aimée au monde »

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Alma et Léo sont jeunes et ont la vie devant eux. Juifs résidant en Pologne, la guerre va séparer les amoureux. Alma émigre à New-York et fait promettre à Léo de la rejoindre. De nos jours à Brooklyn, la jeune Alma, adolescente, découvre l’amour pour la première fois. Rien ne semble lier Léo à Alma. Et pourtant… De la Pologne des années trente à Central Park aujourd’hui, le manuscrit d’un livre, « L’histoire de l’Amour », va voyager à travers le temps et les continents pour unir leurs destinées.

Radu Mihaileanu nous a déjà séduit avec plusieurs films, Va vis et deviens, César du meilleur scénario original co-écrit avec Alain-Michel Blanc, La source des femmes, Le Concert…  Il nous surprend encore avec un film ambitieux, version grosse production Hollywoodienne, drame romanesque ponctué de beaucoup d’humour. Le film est l’adaptation du livre « L’histoire de l’Amour » de Nicole Krauss, par Marcia Romano et le réalisateur qui en signe personnellement les croustillants dialogues. Le récit débute sur le postulat lancé à ses trois amis par Alma Mereminski qui « aimera celui qui écrit le mieux ». Alma fera ainsi jurer à Léo de ne pas mourir et de lui envoyer à chaque fois un chapitre du livre qu’il écrit sur elle.

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Il s’agit d’une fiction sur plusieurs époques qui débute dans la campagne Polonaise dans les années 30 où l’on suit Léo et son amie Alma Mereminski (Gemma Arterton, Tamara Drewe de Stephen Frears), et au présent, en 2006 à New York, avec la jeune Alma Singer (Sophie Nélisse) dans sa découverte de l’Amour. On entre dans cette fresque Hollywoodienne avec des plans surplombant la campagne la magnifiant totalement. L’image est signée Laurent Dailland (Welcome de Philippe Lioret, Le goût des autres d’Agnès Jaoui). Une voix-off digne des contes narre un récit qui correspond au début du roman. On arrive ainsi dans l’histoire de Léo que l’on rejoint 60 ans après, à New York (Derek Jacobi), il est devenu un vieil homme fantasque qui vit proche de son ami Bruno (Elliot Gould). A eux deux, ils forment un formidable duo de vieux juifs burlesque et caricatural et c’est très drôle.

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La dimension comique ne va pas lâcher le récit malgré un fond extrêmement dramatique. Le jeune frère de Alma Singer rêve ainsi d’être l’un des 36 justes cachés dont l’existence sur terre garantirait la survie du monde. Il projette donc de se rendre à Jérusalem et dans ce but vend des limonades dont le prix affiché passe soudainement de 50 cents à 3 dollars quand un client achète. Il ira à l’aéroport demander un billet pour Jérusalem avec la somme recueillie. Même si l’hôtesse lui répondra qu’il n’y a aucun aéroport à Jérusalem, il rétorquera avec aplomb qu’il en existe bien un. Au présent, à New-York, la jeune Alma découvre l’amour et tente d’entamer une relation avec Michka son petit ami émigré Russe. Il lui reprochera de ne lui parler que de clichés russes et pas de sa vraie vie à lui quand elle évoque la Sibérie, Tchekov…

Radu Mihaileanu réalise un film multiculturel qui dénonce les clichés avec humour et lutte contre ceux-ci au profit de nobles valeurs humaines. On se laissera emporter par l’onirisme du film, par cette noble épopée romanesque qui sauve le drame par un humour constant et courageux.