Diane Rouxel se confronte à l’Armée dans « Volontaire » d’Hélène Fillères

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On connait bien Hélène Fillières pour sa carrière de comédienne. Elle a joué dans de nombreux long-métrages comme Coupable de Laeticia Masson ou encore Lady Chatterley de Pascale Ferran. Elle est aussi cinéaste et après Une Histoire D’Amour, réalise ainsi son second long-métrage, Volontaire, sur l’envol d’une jeune fille du foyer familial pour devenir femme. Le film raconte aussi une histoire d’attirance ambigüe entre deux êtres dans le milieu de l’armée, lieu où les émotions sont impénétrables. En témoigne cette réplique redondante du subalterne à son supérieur hiérarchique, accompagnée du salut réglementaire « Bien pris commandant ! », sans doute la plus émotionnelle qui soit dans le contexte militaire. 

A 23 ans, Laure se cherche. Issue d’une famille de théâtre, après plusieurs années de brillantes études, elle décide de s’embarquer dans la Marine Nationale. La jeune femme va devoir s’endurcir pour faire correspondre ses choix de vie radicaux à la réalité. En intégrant le monde de l’armée elle va trouver rigueur et discipline, mais aussi rencontrer le mystérieux et peu loquace Commandant Rivière, son supérieur, à qui elle va devoir plaire en tant qu’ Aspirant officier.

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Hélène Fillières crée un face à face psychologique tendu entre deux personnages très charismatiquesLes deux comédiens sont finement sélectionnés. Diane Rouxel (La Tête Haute d’Emmanuelle Bercot) blonde aux yeux en amande et au visage d’ange est très féminine. Lambert Wilson, anguleux, incarne bien le côté énigmatique et fermé du commandant Rivière. Hélène Fillières intervient ponctuellement lors de courtes mais néanmoins marquantes séquences où elle reçoit l’Aspirant Baer (Laure). Cheveux courts, elle interprète un Commandant-adjoint qui accueille au sein de l’armée, comme en miroir de ses jeunes années, une novice au chignon tiré.

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L’ingénieuse mise en scène permet d’installer la tension du récit.  Le bureau de l’Aspirant officier est séparé de celui du Commandant par une grande fenêtre. Occasion pour les protagonistes de s’observer l’un l’autre à la sauvette. De ce dispositif particulier et inconfortable va naître une relation ambigüe et trouble entre les deux personnages.  L’enseigne de Vaisseau Dumont, Corentin Fila (Jalouse de Stéphane et David Foenkinos), par sa sympathie envers Laure et son accueil dans ce milieu très austère, amène un peu de légèreté.

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La transformation de Laure en Aspirant officier est progressive. La jeune femme va peu à peu « se fondre dans le moule » de la marine et accepter sa part masculine. Peu à peu son côté masculin va émerger et sa personnalité féminine se gommer un peu. Il faudra ainsi se débarrasser des encombrantes menstruations, attribut féminin par excellence qui gêne l’évolution du personnage dans ce milieu.

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On observe une grande psychanalyse dans ce récit. Laure veut absolument, envers et contre tout se dépasser. Elle semble n’exister qu’en repoussant sans cesse les limites. Avec une célèbre comédienne pour mère incarnée par Josianne Balasko, postulat installé dès le début du film, on comprend le besoin que ressent la jeune femme de s’éloigner de ce milieu familial. Avec des diplômes qu’elle « multiplie » comme le lui signalera la Commandante adjointe lors de son recrutement à la marine. Hypokhâgne, Masters en anglais et russe estampillés Sorbonne, la jeune femme frôle l’excellence, et repoussera les limites de plus en plus loin en éprouvant son corps. Se comparant aux hommes, elle se battra pour être inscrite dans un stage « ultra » qui leur est réservé.

Volontaire est un film d’apprentissage assez intellectuel où la psychanalyse s’invite peut-être un peu trop dans la narration. On regrette un léger manque de rebondissements dans cette tension qui s’installe dans le temps, même si elle est profonde et judicieusement mise en scène.

Entretien avec Diane Rouxel