Le Royaume, un thriller familial sous omerta de Julien Colonna

Premier long métrage de Julien Colonna sur un scénario co-écrit avec Jeanne Herry (Je verrai toujours vos visages), Le Royaume est un drame familial autant qu’un thriller. A la fois rare et inattendu, ce film de mafieux revisité était sélectionné lors du dernier et 77ème Festival de Cannes en catégorie Un Certain Regard.

Synopsis : Corse, 1995. Lesia vit son premier été d’adolescente. Un jour, un homme fait irruption et la conduit à moto dans une villa isolée où elle retrouve son père, en planque, entouré de ses hommes. Une guerre éclate dans le milieu et l’étau se resserre autour du clan. La mort frappe. Commence alors une cavale au cours de laquelle père et fille vont apprendre à se regarder, à se comprendre et à s’aimer.

Le film débute par une puissante séquence post-chasse et un plan sur deux sangliers morts qui viennent d’être tués. Le ton est donné. Dans le film de Julien Colonna il sera question de chasse dans tous les sens du terme quitte à rendre floue la frontière entre le chasseur et le gibier, en prenant comme sujet un gang de bandits corses qui se cachent dans le maquis.
Le point de vue du film lui offre toute sa subtilité car il est celui de Lesia, exceptionnelle Ghjuvanna Benedetti, fille aux grands yeux tristes d’un parrain de la mafia corse qui rencontre son père lors de moments volés quitte à passer à côté de sa vie adolescente. Ce personnage touchant de jeune femme va grandir et mûrir au milieu de ces hommes dont elle subit les choix de vie. Le spectateur découvrira les faits en même temps que ce personnage principal dont la vie suit les souhaits de son patriarche. Face à elle son père, le ténébreux Saveriu Santucci incarne un chef de bande charismatique à la recherche de précieux moments avec sa descendence dans les limites de la réalité de son rôle. Dans de subtils non-dits, les deux protagonistes vivront un moment charnière de leur relation avec d’un côté une adolescente qui évolue en demande de vérité et de l’autre un père confronté à la réalité de sa position.

Les mafieux ne sont pas envisagés par leurs méfaits et ne sont aucunement jugés par le cinéaste qui raconte au contraire des êtres humains qui admettent avoir peur. Il interprète les conséquences de ces choix de vie sur les proches qui eux aussi vivent dans la douleur sourde de l’éloignement et de l’omerta. Interprétés par des acteurs Corses non professionnels, sous le soleil de l’ïle de beauté et au son des cigales cette fiction témoigne d’une vérité qui lui confère une ambiance, une tension époustouflantes dans cette relation fille-père tendue et précipitée par les événements.