Entretien avec Santiago Mitre à propos de son dernier film, El Presidente (La Cordillera), Un Certain Regard, Festival de Cannes

Le cinéaste argentin Santiago Mitre est très sollicité après la projection de son film El Presidente (La Cordillera) en Sélection Officielle Un Certain Regard ici au Festival de Cannes. D’abord acteur, il a été le co-scénariste de plusieurs films de Pablo Trapero et notamment de Elefante blanco. Santiago Mitre réalise ses propres films depuis quelques années et s’était d’ailleurs fait remarqué en remportant le Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes en 2015 Avec Paulina. Le cinéaste répond à nos questions entre deux interviews sur le roof top du Palais des Festival. Lire la suite

Le (petit) journal du 70e Festival de Cannes – El Presidente (La cordillera) de Santiago Mitre – Un Certain Regard, Cannes 2017

Le cinéaste argentin Santiago Mitre avait obtenu le Grand prix de la Semaine de la Critique au Festival de Cannes 2015 pour Paulina. El presidente (La Cordillera) est un drame qui mélange les genres, oscillant entre thriller politique et fantastique. Lire la suite

Entretien avec Kyioshi Kurosawa pour Before we vanish, Sélection Officielle, Un Certain Regard à Cannes

Après son expérience européenne vécue à travers la réalisation de son dernier long métrage Le secret de la chambre noire, tourné en France, le japonais Kiyoshi Kurosawa revient dans son Japon natal et plonge dans l’univers de la Science-Fiction des années cinquante, en adaptant une célèbre pièce de Tomohiro Maekawa, qui parodie le genre. Réalisateur d’œuvres telles que Tokyo Sonata ou encore Shokuzaï, Kurosawa conserve ici cette singularité bien à lui, de transcender son récit en incluant l’indicible, le fascinant. Before we vanish (Avant que nous disparaissions) est présenté en Sélection Officielle, dans la section Un Certain Regard au 70e Festival de Cannes. Lire la suite

Le (petit) journal du 70e Festival de Cannes – Before we vanish de Kiyoshi Kurosawa – Sélection Officielle, Un Certain Regard

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Avec Before we vanish, Kiyoshi kurosawa réalise un pur film de genre. Son scénario est l’adaptation d’une pièce de théâtre du dramaturge Tomohiro Maekawa qu’il transpose en film de science-fiction, digne de ceux des années cinquante. Lire la suite

Captain Fantastic de Matt Ross : Tribu de guerriers philosophes en zone interdite -En salle le 12 octobre

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Dans les forêts reculées du Nord-Ouest des Etats-Unis, un père a consacré sa vie entière à élever ses six enfants en créant un paradis familial fonctionnant en autarcie, loin de la société. Un jour, le destin frappe. La petite famille va prendre la route et devoir survivre loin de ses repères…

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Captain Fantastic de Matt Ross est une bouffée d’air frais dans un cinéma américain classique et rigide. Cette comédie dramatique à la fois farfelue, drôle et émouvante pose un regard acerbe sur la société américaine, mais c’est aussi une terrible leçon de vie. Coup de chapeau à Matt Ross (plus connu comme comédien que comme cinéaste) à la fois scénariste et réalisateur de ce film insolite qui a reçu le prix de la mise en scène Catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2016.

Viggo Mortensen est incroyable en Ben, père de famille héros de cette tribu qu’il dirige d’une main de maître, pour le meilleur. Il veut apprendre à ses enfants à devenir des êtres exceptionnels, à être des guerriers autant qu’à se cultiver. Une scène superbe au coin du feu nous montrera la ribambelle d’enfants, calmes, en train de lire… (A notre époque cette vision pourrait choquer les esprits les plus avertis !) On citera les membres qui incarnent cette fantastique tribu ou chacun des enfants a bien sûr un nom unique sur terre inventé par ses chers parents: Georges Mackay (Bodevan), Samantha Isler (Kielyr), Annalise Basso (Vespyr), Nicholas Hamilton (Rellian), Shree Crooks (Zaja), Charlie Shotwell (Nai) et la présence de Franck Langella (Frost/Nixon l’heure de vérité de Ron Howard) en grand-père fort charismatique et impassible.

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CF_00549_R_CROP Viggo Mortensen stars as Ben in CAPTAIN FANTASTIC, a Bleecker Street release. Credit: Wilson Webb / Bleecker Street

Et même si c’est une tribu de gens un peu dégénérés que l’on pense approcher, des illuminés vivants en pleine nature, des enfants coiffés de bonnets en chat sauvages, ou affublés de masque à gaz pour leur simple plaisir, le père a réussi à leur inculquer une véritable éducation. Dans une confrontation croustillante chez Ellen, la sœur de Ben (Kathryn Hahn) qui critique l’éducation des enfants non scolarisés, Zaja (Shree Crooks) sept ans, récite les amendements à la constitution américaine, puis en débat seule, face à ses cousins amorphes de 13 ans, gavés de jeux vidéos et visiblement bien incapables d’en citer une seule ligne.

La photographie de ce film d’aventure est signé Stéphane Fontaine (César de la meilleure photographie : De battre mon cœur s’est arrêté et pour Un Prophète de Jacques Audiard).

Captain Fantastic est un énième film qui nous plonge dans la nature, comme si le cinéma actuel reflétait un besoin sociétal urgent de se tourner vers des valeurs essentielles. A travers l’aventure de ce père et de ses enfants c’est une critique acerbe de la société américaine puritaine et de ce qu’elle est devenue qui transparait. Le film insuffle aussi par sa morale l’idée de la nécessité d’une écologie raisonnée.

L’Eclosion d’une artiste-papillon à la Belle époque : La Danseuse, joli premier film de Stéphanie Di Giusto – En salle le 28 septembre

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Fille de ferme dans le grand ouest américain, Loïe Fuller (Soko) est passionnée de théâtre. Elle possède une créativité débordante : Elle lit, dessine… Un événement inattendu va précipiter sa courte carrière de comédienne. En transformant ses échecs en atouts, la jeune Loïs va créer un numéro de danse inédit de « femme-papillon ». Affublée de Baguettes et de robes surdimensionnées elle sera accueillie dans les cabarets de la Belle époque. Malgré des efforts physiques contraignants, des difficultés financières pour monter ses numéros, Loïs travaillera envers et contre tout, habitée et convaincue par son art. Sa rencontre avec la jeune Isadora Duncan (Lily-Rose Depp) jeune prodige de la danse, va ébranler ses certitudes.

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Première comédie de Stéphanie Di Giusto, La danseuse, sélectionné à Cannes dans la catégorie Un Certain Regard, est librement inspiré du roman de Giovanni Lista « Loïe Fuller, danseuse de la Belle Epoque ». Loïe Fuller, avec sa danse serpentine, a révolutionné les arts scéniques du début du XXe siècle.

De facture assez classique, le film tient son récit honnêtement et illustre bien l’époque. L’image est très belle (Benoit Debie : Springbreakers de Harmony Korine, Love de Gaspard Noé) : tant dans les brumeux paysages de l’ouest Américain que les décors parisiens et la manière d’envisager les personnages. Carlos Conti chef décorateur (Ma saison préférée de André Téchine Nelly et Mr Arnaud de Claude Sautet) a ressuscité les folies Bergères de l’époque. Anaïs Romand, costumière (l’Apollonide de Guillaume Nicloux, Le journal d’une femme de chambre de Benoit Jacquot) a quant à elle fait renaître la robe de scène de l’époque, longue de 350 mètres de soie.

L’intérêt du film réside surtout dans l’analyse du processus artistique de la jeune femme qui n’est autre que l’art de mettre en scène. La jeune Loïe n’est pas juste une allumée qui déciderait de tourbillonner dans des draps immenses, elle n’est pas une simple danseuse. Elle a besoin d’un attirail pour danser. C’est une véritable artiste qui va entamer une démarche artistique sérieuse afin de parvenir durement à un numéro inédit et visuellement parfait. Loïe est une femme artiste qui travaille et dédie sa vie à son projet, qui évolue régulièrement (pour l’opéra de Paris, elle le réadapte…). En apprenant que les droits d’auteurs ne protègeront pas son projet aux Etats-Unis, elle n’hésite pas à se rendre en France pour donner jour à ses idées. Elle va chercher techniquement, par des croquis, l’engagement de techniciens… à parvenir à mettre en scène sa danse de manière extrêmement précise.

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La chanteuse Soko assume admirablement bien le rôle de Loïe, sans doublure. C’est une femme plutôt musclée alors qu’Isadora est une fine Liane qui est atteinte par la grâce sans faire d’efforts : « la vraie danse c’est simple et naturel » affirmera-t’elle au directeur de l’opéra de Paris. C’est là le point de rupture entre ces deux femmes aux antipodes de deux courants artistiques différents. On notera la présence maternelle de la très efficace Gabrielle (Mélanie Thierry) bonne âme qui prend Loïe sous son aile aux Folies Bergères et sans qui rien n’aurait été possible. François Damiens très neutre en directeur des Folies Bergères est aussi de la partie, comme l’est Gaspard Ulliel, en héritier oisif et malade.

A l’époque, Loïe Fuller a toujours refusé à son ami Thomas Edison de filmer sa danse, pour ne pas être « enfermée dans une boite ». Cette artiste était l’une des danseuses les mieux payées au monde. Elle n’a malheureusement pas transmis son savoir. Un bel hommage lui est rendu dans ce film. La « femme-papillon » y est magnifiée sur scène et justice est rendue à l’artiste Loïe Fuller dans sa pugnacité à mettre en scène les projets artistiques qu’elle imaginait et dans sa lutte pour son art.

Voir du pays (the stopover) de Delphine et Muriel Coulin : Les écorchés à Disneyland – En salle le 7 septembre

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Marine (Soko) et Aurore (Ariane Labed) sont deux jeunes militaires qui reviennent d’Afghanistan avec leur bataillon, direction un hôtel 5 étoiles à Chypre. Un sas de décompression y est prévu avant le retour au pays, dans le but d’aider les troupes à  « oublier les traumatismes de guerre ». Au niveau collectif comme individuel chacun devra s’arranger avec la violence latente qui ne demande qu’à émerger.

« VOIR DU PAYS » Un long métrage de Delphine et Muriel COULIN
« VOIR DU PAYS » Un long métrage de Delphine et Muriel COULIN

Cette comédie dramatique de Delphine et Muriel Coulin (17 Filles) a remporté le Prix du meilleur scénario au Festival de Cannes 2016 dans la catégorie Un Certain Regard et s’inspire du livre Voir du pays de Delphine Coulin. Le film effectue de manière magistrale une plongée dans l’indicible que l’on ne souhaite d’habitude pas montrer et surtout pas analyser : la psychologie des troupes qui reviennent de combat. Ici le dispositif est clair puisque le but du sas de trois jours est « sport, relaxation, débriefings collectifs ». Cette dernière activité consistant en une thérapie de réalité virtuelle assistée par des psychologues. Un casque en 3D permet de faire revivre un épisode traumatisant à chaque soldat qui se livre face au groupe. Derrière celui-ci un écran géant montre la situation qu’il décrit en 3D, en temps réel, précédé par un drapeau français qui barre totalement l’écran. Formidable et redoutable procédé qui finalement à travers la vision de chacun viendra perturber la cohérence du groupe, puisque c’est l’individu qui s’exprimera ici.

"VOIR DU PAYS" Un long métrage de Delphine et Muriel Coulin
« VOIR DU PAYS » Un long métrage de Delphine et Muriel Coulin

Une atmosphère malsaine et bizarre entoure les deux personnages féminins. Ce sont des femmes soldats. Marine (Soko : bientôt dans La Danseuse de Stéphanie Di Giusto) sera réfractaire à tout tandis qu’Aurore (Ariane Labed : The Lobster de Yorgos Lanthimos, Préjudice d’Antoine Cuypers) semblera faire plus d’efforts pour s’en sortir.

« VOIR DU PAYS » Un long métrage de Delphine et Muriel COULIN
« VOIR DU PAYS » Un long métrage de Delphine et Muriel COULIN

On aime la mise en scène sensible qui épouse le récit pour lui donner du sens. C’est un gros plan d’un œil qui débute le film, regardant par le hublot de l’avion la terre afghane s’éloigner. Ce plan rempli de sens annonce d’emblée le sujet du film qui s’intéressera toujours à ce qu’ont vu les yeux des soldats. Les cinéastes osent le flou qui est utilisé plusieurs fois, toujours signifiant. Quand Aurore court sur le tapis roulant, elle finit par devenir floue : on l’imagine emportée dans sa course-défouloir luttant contre ses souvenirs. Dans le sauna on est plongé dans une atmosphère embuée comme le sont les personnages traumatisés qui tentent de se détendre. La baignade de nuit est filmée sous l’eau dans un court moment de paix pour les deux jeunes femmes qui se baignent à l’écart, nues, s’amusent et se délassent. L’image signée Jean-Louis Vialard, nous montre un contraste absolu entre le kaki des treillis militaires et le paysage bleu azur idyllique. Ceci renforce visuellement le décalage mental de ces soldats avec les vacanciers qui sont dans un tout autre état d’esprit qu’eux. Le seul moment d’humanité sera celui de la fête de village où les gens font la fête, dansent, mangent et boivent, jeunes et vieux confondus. C’est la seule occasion où les femmes seront féminines, vêtues de robes et dépourvues de leur fonction militaire.

« Adieu vieille Europe… il nous faut du soleil » c’est la chanson qu’entonnent en chœur les soldats pour se motiver à partir se battre dans les pays du sud. L’unité militaire de cette histoire est sensée être la dernière à être allée en Afghanistan où 70 000 soldats français ont été engagés durant treize années. Voir du pays est un film coup de poing qui vaut la peine d’être vu.