Rencontre avec Wim Willaert pour Le Ciel flamand de Peter Monsaert. Un homme aux changements de costumes très réussis.

Wim Willaert, c’est un vrai personnage du cinéma belge qui navigue tranquillement entre productions francophones et flamandes. En résumé : Quand la mer monte de Yolande Moreau, Offline de Peter Monsaert et la série déjantée Eigen kweek qui le hisse au rang de star en Flandre. Il collectionne les récompenses à la fois pour ses rôles et ses créations musicales : Ensor du meilleur acteur dans Offline, Magritte du meilleur acteur « Je suis mort mais j’ai des amis », nominé aux Magritte pour la meilleure musique originale du film Henri de Yolande Moreau. Il répond à nos questions à quelques jours de la sortie du Ciel Flamand de Peter Monsaert, dans lequel il interprète brillamment Dirk, un chauffeur de bus taiseux. C’est dans un grand hôtel Bruxellois que va se dérouler l’interview. Wim Willaert se lève et commet un baise-main burlesque qui donne le ton de cet entretien avec cet homme visiblement généreux et souriant.

C’est votre deuxième long-métrage avec Peter Monsaert. Comment a débuté votre collaboration ?
Pour Offline, Peter m’a trouvé par hasard, parfois c’est le destin. Il avait fait un projet avec un groupe de théâtre qui faisait des projets sociaux, pour redonner confiance aux gens fragilisés dans la société. Un long-métrage était prévu, mais c’était beaucoup de responsabilités et il a été question de prendre de vrais comédiens. J’avais joué de la musique dans des prisons, ça m’avait beaucoup touché et je devais faire une pièce de théâtre pour des enfants de six ans.  J’ai dit à Peter « je veux faire cette pièce de théâtre, mais je viens de prison ». Et dans Offline, ça parle de quelqu’un qui sort de prison.  La rencontre avec la comédienne de Offline, Anémone Valcke, s’était aussi très bien passée, c’était électrique dès l’audition. Pour Le ciel flamand Peter n’avait qu’à me demander de participer, j’aurais accepté sans même avoir lu le scénario. J’adore sa façon de travailler. Je l’aime.

Qu’est-ce qui vous a plu dans le scénario du ciel Flamand?
Je lis beaucoup de scénarii que l’on m’envoie pour me demander conseil, même si je ne joue pas dedans, c’est un passe-temps que j’aime bien. En lisant ce scénario, je me demandais sans cesse : est-ce un drame social ? est-ce un thriller ? qui est coupable ? Ca n’était en même temps rien de ça, et tout ça à la fois et ça m’a fasciné…

C’est vrai que le film n’a pas un genre défini…
Normalement je sais un peu où va aller le film et là je ne savais pas. Je n’aime pas voir les films pas finis. A la première vision, je regarde comme un petit enfant, je m’ouvre et je plonge dans l’histoire. Quand je ne me vois pas moi-même mais le film en tant que tel, là je sais que c’est réussi.

Qu’avez-vous ressenti à la la vision du film ?
J’ai eu le sentiment que dans les deux premiers tiers du film on reçoit de grands chocs. Ce que l’on voit est choquant mais on n’a pas d’émotions. Et puis quand Eline et l’homme s’en vont, les émotions nous submergent. C’est comme cela que j’ai vécu le film. Mais en le faisant je ne savais pas du tout où ça allait, j’ai fait confiance à Peter et j’ai interprété mon personnage.

Comment avez-vous préparé le rôle de Dirk?
Voici comment je travaille, c’est très chaotique. J’ai confiance dans mon subconscient. Pour travailler mes rôles, je visite les lieux où l’on va jouer, je les ressens, je mets un costume qui n’est pas le mien, je reçois des mots qui ne sont pas les miens et là je vis pendant deux mois la vie qui était écrite sur papier.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le personnage ?
Après avoir lu le scénario une fois, j’ai dit à Peter que j’avais le sentiment que Dirk était un mec dont le visage est son propre masque et ça me fascinait. Peter était en accord avec cette vision. C’aurait été mieux de ne pas le dire. Mais là, j’ai vraiment mon propre visage.

Totalement, vous êtes transformé !
C’était difficile car je bouge mon visage si facilement, moi j’aime rigoler ! (rires). Je devais vraiment me concentrer à ce que ce soit un masque, une partie morte.

Comment s’est passée la direction d’acteurs ?
Peter nous a laissés faire. Le premier jour, on joue le dialogue. Peter nous regarde puis indique « vous pourriez faire comme ça » ou « moi je le voyais comme ça, mais c’est aussi bien de cette manière ». On travaille vraiment ensemble, c’est ça ce que j’aime avec Peter.

Chacun apporte sa pierre à l’édifice ?
Oui. Il n’est pas question d’improvisation ou pas, on suit notre instinct. Même le caméraman filme comme ça, il suit ses tripes. C’est David Williamson, il est incroyable, c’est je crois la quatrième fois que je travaille avec lui. Son travail est impeccable.

Dirk est vraiment en retenue et pourtant il va au bout de ses actes, est-ce un personnage paradoxal ?
Oui. Comme le visage de ce type est son masque, quand on le blesse émotionnellement on ne voit pas si ça le touche ou pas. Mais ça l’atteint peu à peu et toujours plus… et à un moment ça éclate. Une minute plus tard ça va mieux, il est calme. C’est le caractère du personnage.

Est-ce que selon vous, on peut comprendre la vengeance d’un homme dans certains cas ?
C’est la question que l’on pose au public. Plusieurs jours après, on y réfléchit encore… Est-ce que c’est bien la vengeance ? Moi je crois que non, je dis toujours à mes enfants que si je frappe quelqu’un je suis un faible et un lâche. On ne peut pas frapper… J’ai dans ma vie des petites vengeances, mais c’est fait avec le sourire ! Ca n’est pas de la vraie vengeance. Mais je comprends Dirk, autrement je ne pourrais pas le jouer.

Etait-ce difficile de jouer avec une petite fille de six ans ?
Pas vraiment, parce qu’au moment où un enfant comprend que nous, adultes on joue un jeu d’enfant un peu plus compliqué, mais qui est en fait un jeu d’enfant, c’est gagné. Esra l’avait compris tout de suite. Pour moi c’est une comédienne professionnelle. J’ai même eu un fou rire professionnel avec elle, une fille de six ans ! On peut d’ailleurs le voir dans le making-off.

Est-ce que le fait que sa maman (Sarah Vertogen) joue dans le film a facilité les choses?
Inconsciemment le tournage déborde un peu sur la vie, ça signifie que pendant le tournage  Sarah et moi on était pas des bons copains, moi je ne l’aimais pas ! Et elle ne m’aimait pas non plus ! On n’a pas eu beaucoup de contacts pendant le tournage et quand elle prenait soin de son enfant comme une mère, je m’énervais. Ce n’est qu’après le tournage qu’on s’est revus et que j’ai senti qu’on pouvait faire connaissance.  Maintenant je l’adore, je l’aime.

On sent le passé lourd et non-dit entre Dirk et Sylvie. Y a-t-il eu des indications particulières du réalisateur ou avez-vous décidé d’un jeu ensemble ?
On a cherché un peu… Comment est-ce que l’enfant est arrivée ? Est-ce que Dirk était client ? On ne savait pas. Peter nous a laissé faire. On a commencé à filmer et le ton était donné. Quand je vois le film maintenant, ça n’est pas un couple heureux. Moi, je pensais qu’il était client. Dirk parle à un moment du carrelage qu’il avait fait là-bas, le public peut aussi imaginer que peut-être Dirk était carreleur, c’est ouvert. Vu le film, moi je pense qu’il était client.

Dans Offline comme dans Le ciel flamand vous jouez un homme blessé avec un lourd passif. Est-ce inspirant de jouer un personnage qui doit évoluer ? Dans les deux cas ils doivent retisser le lien avec leur fille. L’un sort de prison et doit se résinsérer et l’autre…
Il créé sa propre prison. Quand on me dit que je suis comédien parfois je suis un petit peu insulté parce qu’en fait je veux étudier les gens, mais pas comme une étude scientifique le ferait. Moi je vis le personnage. Je le vis et ça s’appelle l’étude holistique. Rudy de Offline est différent de Dirk.

C’est une autre vie ?
Dans Offline c’est une autre vie et en fait, c’est vrai, la vie de Rudy était hypothéquée par son passé. Pour Dirk, c’est ressemblant, mais pour moi c’est une autre vie, une autre étude, un autre caractère parce que honnêtement, boire un verre avec Rudy de Offline ? Eh bien je voudrais bien boire un verre avec lui ! (rires) Parce que je suis sûr que je peux encore rigoler et faire des conneries. Mais avec Dirk ? Non, je préfère aller boire quelque chose tout seul, parce qu’un mec comme ça ! (rires)

Vous jouez aussi dans la série Eigen Kweek, Comment est-ce de devoir ré-dendosser ce rôle, puisqu’il y a une saison 2 ?
Je ne vais pas faire ça de nombreuses fois dans ma vie. Au début, je n’ai pas mon personnage et c’est une peinture que je crée. De la manière dont je travaille, quand on dit « coupez ! », j’ai tout mon personnage. Après la première saison, j’avais donc le personnage, c’était la première fois de ma vie que je pouvais faire une deuxième saison, je l’avais déjà et ça c’était chouette. Quand on fait du cinéma ça n’arrive jamais.

Comment organisez-vous votre carrière entre la musique et le jeu ?
Pour le moment j’ai dû arrêter de jouer avec le Big Band, je jouais aussi dans un groupe de Rock, ce n’est plus possible non plus à cause des agendas, le chanteur est comédien comme moi et c’est compliqué… J’espère encore composer de la musique pour les films. En attendant, je fais de la musique à la maison, tout seul ! (rires)

Pour l’avenir on peut donc vous souhaiter de composer de nouvelles bandes originales de films ?
Oui. Je voudrais bien le faire ! J’ai commencé à composer la musique d’un projet… à venir !

Propos recueillis par Stéphanie Lannoy, à Bruxelles, novembre 2016.

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