« Je voulais parler de cette boucle où l’on arrive au monde, on nous donne la vie mais aussi la mort et l’on finira dans la terre ! Il y a de la beauté là-dedans » Entretien avec Martin Provost pour Sage femme

Avec Sage femme, Martin Provost, lauréat du César du meilleur film pour Séraphine, se penche une nouvelle fois sur un destin de femme, celui de Claire, sage-femme de son état. Ce film est une très belle histoire sur les retrouvailles chahutées de deux femmes après de longues années de séparation, interprétées par les deux grandes comédiennes que sont Catherine Frot et Catherine Deneuve, réunies pour la première fois à l’écran. Martin Provost nous livre ses réflexions sur l’existence à travers son film et les prolonge dans cet entretien, à cœur ouvert. Lire la suite

Sage femme de Martin Provost  : Retrouvailles au sommet pour Catherine Frot et Catherine Deneuve – En salle le 22 mars

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Claire, droite de caractère, dévouée aux autres, est une sage-femme reconnue dans son travail. Préoccupée par la fermeture de sa petite maternité au profit de l’ouverture d’une usine à bébé, elle va devoir faire face au retour intempestif dans sa vie de l’ancienne maîtresse de son père disparu, la fantasque et égoïste Béatrice, son exacte opposée. Lire la suite

Le secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa, la photographie comme reflet de l’âme humaine – En salle le 8 mars

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Stéphane, ancien photographe de mode, vit seul avec sa fille Marie dans un grand manoir en banlieue. Chaque jour, Marie devient son modèle pour recréer des photographies teintées du charme désuet du passé grâce à un appareil impliquant de longues et fastidieuses séances de pause, le daguerréotype. Jean, recruté comme nouvel assistant photo va découvrir cet univers obscur et bien vite comprendre que Marie devra être sauvée de cette entreprise toxique.   Lire la suite

En amont du Fleuve de Marion Hänsel, un huis clos touchant sur les liens du sang -En salle le 30 novembre

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Joé et Homer, la cinquantaine, sont demi-frères. Ils se connaissent depuis le récent décès de leur père. Les deux hommes vont embarquer sur un bateau, en Croatie, pour remonter le fleuve et aller voir les chutes d’eau. Au cours de ce périple ils rencontreront Sean, un étrange baroudeur irlandais qui va faire un bout de chemin avec eux.

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C’est un joli film que nous offre Marion Hänsel (Noir Océan, Nuages). Plus question d’adaptation cette fois-ci puisqu’elle co-écrit le scénario avec Hubert Mingarelli. L’écriture est spécialement prévue pour les trois comédiens du film, récurrents chez la cinéaste : les charismatiques Sergi Lopez, Olivier Gourmet et John Lynch. L’histoire nous emmène dans un double voyage. Le cheminement psychologique des deux frères, Joé et Homer, excellents Sergi Lopez et Olivier Gourmet, se déroule en parallèle de leur navigation sur le fleuve sinueux. Ces deux hommes inconnus au départ, soudainement rapprochés par les liens du sang, sont coincés ensemble une semaine le long de ce « canal de la vie ». Le legs involontaire du père c’est un demi-frère pour chacun de ces deux hommes. Ces personnages sont réunis autour de l’absence de ce père qui va guider le récit et sur les traces duquel ils vont partir. Lui dont la mort reste une énigme, meurtre ou suicide ? C’est autour de cette interrogation que va s’organiser le récit et le rapprochement des deux hommes, le fleuve servant de point de repère. Forcés de rester sur leur rafiot, sans aucun village sur leur route, ils vont devoir laisser leur embarcation et randonner dans la montagne pour aller voir les chutes. La nature « piège » les personnages qui y sont coincés, elle est menaçante par les bruits, l’isolement… Hors de leurs milieux connus les hommes sont fragilisés. Si au début le voyage semble facile, la marche se révèle plus complexe, la traversée des rivières, la grimpette dans la montagne aride et le doute face à l’homme que l’on rencontre au milieu de nulle part sont autant de sources d’inquiétudes pour les personnages.

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Joé et Homer vont se rapprocher peu à peu jusqu’à ce qu’on ait le sentiment que l’on suit une petite famille qui adopte même un chien. Joé (Sergi Lopez) est le cadet, humain et presque enfantin, qui conserve le chien dans son sac à dos. Ecrivain, il a été élevé par le père décédé. Homer (Olivier Gourmet), peu loquace et d’apparence plutôt bourrue, se réfugie dans l’alcool et la cigarette dès qu’il le peut. Il n’a pas connu ce père dont il ne sait même pas le nom et que sa mère, même avant de mourir, n’a pas voulu lui révéler. Il possède juste une photo dont il n’est pas sûr qu’elle le représente.

Une scène nocturne émouvante va magnifier et souder leur relation fraternelle dans la cabine du bateau. Couchés, avant de s’endormir, les deux hommes se confient. On ressent l’intimité fraternelle des deux hommes et leurs réactions sont justes. Ils ne tiennent pas une discussion d’amis, mais de frères. Il vont s’épauler peu à peu ; l’humanité d’Homer enfouie au fond de lui émergera lorsqu’il devra aider son demi-frère victime d’une chute. Ils sont soudés malgré eux par le manque de reconnaissance du père, dont chacun a souffert. Lors d’une hypothétique rencontre avec lui, Homer aurait aimé pouvoir lui dire de manière enfantine « le nombre de camions qu’il avait » et qu’il est devenu chef d’entreprise. Joé lui répondra, solidaire : « T’inquiète pas, mes bouquins il les a pas lu non plus ». On sent la faille béante chez ces deux cinquantenaires qui se découvrent autour de l’image manquante d’un père et qui font face à une situation dont ils ne savent rien : la mort d’un absent bien méconnu.