Captain Fantastic de Matt Ross : Tribu de guerriers philosophes en zone interdite -En salle le 12 octobre

4C

Dans les forêts reculées du Nord-Ouest des Etats-Unis, un père a consacré sa vie entière à élever ses six enfants en créant un paradis familial fonctionnant en autarcie, loin de la société. Un jour, le destin frappe. La petite famille va prendre la route et devoir survivre loin de ses repères…

captainfantastic_05

Captain Fantastic de Matt Ross est une bouffée d’air frais dans un cinéma américain classique et rigide. Cette comédie dramatique à la fois farfelue, drôle et émouvante pose un regard acerbe sur la société américaine, mais c’est aussi une terrible leçon de vie. Coup de chapeau à Matt Ross (plus connu comme comédien que comme cinéaste) à la fois scénariste et réalisateur de ce film insolite qui a reçu le prix de la mise en scène Catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes 2016.

Viggo Mortensen est incroyable en Ben, père de famille héros de cette tribu qu’il dirige d’une main de maître, pour le meilleur. Il veut apprendre à ses enfants à devenir des êtres exceptionnels, à être des guerriers autant qu’à se cultiver. Une scène superbe au coin du feu nous montrera la ribambelle d’enfants, calmes, en train de lire… (A notre époque cette vision pourrait choquer les esprits les plus avertis !) On citera les membres qui incarnent cette fantastique tribu ou chacun des enfants a bien sûr un nom unique sur terre inventé par ses chers parents: Georges Mackay (Bodevan), Samantha Isler (Kielyr), Annalise Basso (Vespyr), Nicholas Hamilton (Rellian), Shree Crooks (Zaja), Charlie Shotwell (Nai) et la présence de Franck Langella (Frost/Nixon l’heure de vérité de Ron Howard) en grand-père fort charismatique et impassible.

CAPTAIN FANTASTIC
CF_00549_R_CROP Viggo Mortensen stars as Ben in CAPTAIN FANTASTIC, a Bleecker Street release. Credit: Wilson Webb / Bleecker Street

Et même si c’est une tribu de gens un peu dégénérés que l’on pense approcher, des illuminés vivants en pleine nature, des enfants coiffés de bonnets en chat sauvages, ou affublés de masque à gaz pour leur simple plaisir, le père a réussi à leur inculquer une véritable éducation. Dans une confrontation croustillante chez Ellen, la sœur de Ben (Kathryn Hahn) qui critique l’éducation des enfants non scolarisés, Zaja (Shree Crooks) sept ans, récite les amendements à la constitution américaine, puis en débat seule, face à ses cousins amorphes de 13 ans, gavés de jeux vidéos et visiblement bien incapables d’en citer une seule ligne.

La photographie de ce film d’aventure est signé Stéphane Fontaine (César de la meilleure photographie : De battre mon cœur s’est arrêté et pour Un Prophète de Jacques Audiard).

Captain Fantastic est un énième film qui nous plonge dans la nature, comme si le cinéma actuel reflétait un besoin sociétal urgent de se tourner vers des valeurs essentielles. A travers l’aventure de ce père et de ses enfants c’est une critique acerbe de la société américaine puritaine et de ce qu’elle est devenue qui transparait. Le film insuffle aussi par sa morale l’idée de la nécessité d’une écologie raisonnée.