Adults in the room, un film choc de Costa Gavras

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Adults in the room
 est un choc, une terrifiante tragédie gréco-européenne. Auteur de grands films politiques comme Z ou l’Aveu, Costa Gavras revient à ses premières amours en signant un thriller politique sur notre époque et plus précisément sur le fonctionnement des institutions européennes. Ce long-métrage porte en lui une dimension de réalité troublante qui laisse des traces chez le spectateur.

En pleine crise grecque le parti de gauche Syriza est élu. Il a promis au peuple de réduire sa dette de 320 milliards. Autour du ministre des finances Yanis (dont le livre duquel le film est adapté : Conversation entre adultes, dans les coulisses secrètes de l’Europe de Yanis Varoufakis) et de son Premier Ministre Alexis, Costa Gavras va revenir sur les événements qui en coulisse ont conduit à enfoncer le peuple grec encore plus loin dans les abîmes de la précarité.

Adults in the room impose un principe de réalité troublantLa dimension du témoignage (celle de l’ancien ministre des finances Yanis Varoufakis dont le personnage assure la voix-off) est d’autant plus essentielle que c’est la première fois qu’une fiction nous plonge autant dans les couloirs de cette Europe ô combien opaqueChaque acteur est choisi en fonction du pays de son personnageLes mélanges de langues respectent également ce processus de réalité. Les prénoms des vrais protagonistes, hommes politiques européens sont conservés, pas leurs noms de famille, et généralement les personnages leur ressemblent. Les scènes d’humiliation (refus de serrer la main au ministre grec par le Ministres des Finances allemand Wolfgang, Ulrich Tukur), et les échanges, les discussions politiques sont inspirés des enregistrements effectués par Yanis Varoufakis lui-même durant cette période, auxquels Costa Gavras a eu accès, qui rendent la crédibilité du récit encore plus forte.

ADULTS IN THE ROOM directed by Costa Gavras

Le pro-actif et courageux Ministre des finances Yanis, Christos Loulis, dénote dans les sphères de l’Europe, chemise par-dessus le pantalon, veste en cuir, tout comme le Premier Ministre Alexis, Alexandros Bourdoumis, à qui Juncker tendra une cravate pour la photo de groupe. Pour la petite information le Président de la Commission européenne, Juncker a bien, comme dans le film, accueilli Alexis Tsipras en lui tapotant la joue. Une humiliation supplémentaire pour ceux qui venaient négocier leur dette.

A cette satire politique vient s’ajouter une critique des Médias dont les politiques se servent pour afficher sourire et bonne entente. Les médias transmettent leur message, ou parfois même les transforment, comme ils se jetteront sur Yanis, une proie servie sur un plateau. Ils créeront ainsi via la figure de Yanis un personnage-écran, narcissique et provocateur, avec une image qui le décrédibilise.

Costa Gavras assume une relative distance en employant un léger ton burlesque pour cet intense film politique grâce à la musique du compositeur Alexandre Desplat utilisée en contrepoint du récit. Dans des séquences au propos éminemment sérieux, une guillerette mélodie grecque viendra alléger le propos l’emmenant doucement vers la farce. Ce thème musical redondant prendra son ancrage dans la diégèse du film au moment d’une fête Grecque qui se déroule, ironie du sort, en pleine Commission européenne.

Tout en rendant un hommage à son pays d’origine et au courage de son peuple en souffrance, Costa Gavras pose la question de la démocratie dans des institutions sensées représenter les citoyens. Il lève le voile sur une institution méconnue, l’Eurogroupe. Ce Rassemblement des ministres des finances européens qui comprend aussi la fameuse Troïka (banque centrale européenne, Commission européenne, FMI) cristallise une Faille de démocratie abyssale et alarmante.