Josep. Aurel livre un témoignage dessiné de la vie des immigrés espagnols dans les camps français en 1939 – FIFF 2020

D’un trait sûr et singulier et pour son premier long métrage, le dessinateur Aurel se penche sur le sort des réfugiés espagnols exilés en France lors de la Guerre Civile. A cette époque les républicains fuient la dictature du Général Franco. La chute de Barcelone provoque la fuite d’un demi-million de personnes. Ce drame superbe, très poétique fait partie de la sélection du festival de Cannes 2020 et est en compétition officielle au FIFF.

1939. Le gouvernement français débordé par l’arrivée massive de républicains espagnols fuyant la guerre civile et la dictature de Franco, les parque dans des camps de concentration. Malgré et à travers les barbelés, une amitié va naitre entre un gendarme et un peintre, Josep Bartolí (Barcelone 1910 – New York 1995), dont Aurel nous conte la véritable histoire. Les peintures et dessins de l’artiste sont habilement insérées dans le récit.

Aurel frappe fort avec ce poignant témoignage historique quelque peu méconnu du grand public français. A travers les yeux de Josep et ses dessins (interprété par Sergi Lopez), Aurel dénonce la réalité de ces véritables camps de la mort où les espagnols sont abandonnés sans soins et sans nourriture. Gardés par des gendarmes, de répugnants personnages auxquels il donne la figure de cochons. Seul l’un d’eux révèle son humanité et sa compassion face au drame que vivent ces gens (Bruno Solo). Les tirailleurs sénégalais sont également en poste, eux aussi victimes du racisme de ces « gardiens de la paix ». L’animation est un choix judicieux pour raconter cette histoire dramatique et adoucit le réel. D’un point de vue technique ce drame est d’une beauté rare qui lui confère un puissant onirisme. Le coup de crayon qui dessine les personnages est assuré, et les paysages, l’horizon au lavis sont superbes.

C’est une vraie critique de la France de l’époque que nous donne à voir Aurel, mais aussi à travers les yeux de Josep, l’injustice criante qu’ont vécu des milliers de personnes. Cet hommage nous projette furieusement dans le présent avec les camps de réfugiés que l’on connait, notamment en Grèce. Ce récit historique dessiné nous rappelle ce qu’est l’humain et nous plonge dans le réel. Pas si loin de nous, la faim conduit à ne pas avoir le choix et à commettre des horreurs.

La programmation du FIFF c’est ici
Sortie en salle le 18 novembre!