Carmen Maura irradie dans Calle Malaga de Maryam Touzani – Coup de coeur

Après le soyeux Bleu du Caftan, Maryam Touzani signe une comédie dramatique solaire sur l’âge. La cinéaste situe son récit à Tanger et dédie ce long métrage à sa grand-mère. Au sein de la chaleur d’une ville métissée et multicolore, la cinéaste confirme son talent à retranscrire l’intime d’un personnage attachant et drôle, le tout avec beaucoup de poésie. Carmen Maura (Femmes au bord de la crise de nerfs, Ay! Carmela!) prête son charme à ce personnage désarmant, cette espagnole exilée au Maroc et livre une prestation exceptionnelle. A lire bientôt: entretien avec Maryam Touzani.

Dans un dédale de ruelles au coeur d’un marché pittoresque, apprêtée, chignon et boucles perlées, la souriante Maria Angeles fait ses achats. La belle profite de ses 74 printemps au sein de la communauté espagnole de Tanger. Elle déambule avec une joie de vivre communicative dans l’univers multiculturel et chaleureux des rues étroites se faisant interpeller, « Madame! ». Espagnol et Arabe, les langues se mêlent dans un joyeux mélange à la fois pratique et vivant. Le tissu social du quartier transparait dès les premiers plans, les couleurs, la vie, ses relations sociales avec les commerçants, dessinant ainsi un monde bouillonnant extrêmement chaleureux. La visite inopinée de Clara, Marta Etura, la fille de Maria Angeles tourne au cauchemar lorsque celle-ci annonce à sa mère vendre l’appartement où elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans ses meubles, Maria Angeles mettra tout en oeuvre pour demeurer dans son lieu de vie, notamment avec l’aide d’Abslam, Ahmed Boulane. Sur un chemin complexe et pavé d’embuches elle redécouvrira la vie et l’amour.

Maryam Touzani conte l’histoire d’un personnage désarmant interprété par la magnifique Carmen Maura qui transcende son rôle. On meurt d’envie de rencontrer ce personnage de Maria Angeles dans la vraie vie. Dès le début du film la cinéaste saisit la vie sur l’écran d’une manière impressionnante et ce sera le cas tout le long du film où la vie est célébrée. Après l’annonce glaçante de sa fille, ce sont quarante ans de souvenirs que regarde désormais Maria Angeles par la fenêtre de l’appartement. Son quartier, ce cimetière où elle pose des roses sur les tombes de son mari et de tous les êtres qui lui sont chers. Un cimetière, comme un symbole des racines de cette terre où elle est née et a toujours vécu. La cinéaste insère son personnage dans un territoire par l’idée même de ses racines en la filmant au cimetière parlant à ses proches disparus.

Si Maria Angeles garde une évidente fierté et se montrera d’une résilience exemplaire, cette situation témoigne d’une violence sociale entre générations qui gangrène nos sociétés. L’annonce de sa fille – personnage un peu trop esquissé : infirmière acculée avec 3 enfants à charge, divorcée qui gagne 1700 euros par mois – est d’une violence sociale inouïe pour la vieille dame qui n’a de vieux que l’adjectif et le regard que porte sur elle cette société-là. Ce n’est pas non plus celui de la rue Malaga où elle vit.

Maryam Touzani raconte cette femme avec beaucoup de poésie dans ce plaidoyer pour la liberté à tout âge. Elle montre la force de Maria Angeles, victime de sa condition sociale de femme au foyer et d’un mari qui a cru bien faire en faisant confiance à sa fille. La cinéaste revient à l’essence des êtres dans cette scène romantique entre les amoureux, prônant ainsi et par la nudité le droit à la vie et à l’amour pour tous, à tout âge. Le récit passe du drame à la comédie par l’ingéniosité d’un personnage rebelle qui a de la ressource, contrairement à ce qu’impose la société avec son système de maison de retraite-mouroirs.

Ce film lumineux et bouleversant est aussi une ode à la liberté qui appelle au respect de nos aînés. Une part d’ombre subsiste dans sa lumière avec une vraie critique du traitement des plus âgés dans nos sociétés. Une nouvelle fois dans l’oeuvre de la cinéaste la fiction rejoint le réel par la nécessité et en devient un témoignage à méditer.

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