
Premier long métrage de Sven Bresser, Rietland est un choc visuel, un thriller intense qui se déroule dans la région de l’Ijsselmeer au nord des Pays-bas. Doué d’une vraie patte cinématographique, Sven Bresser réalise un film viscéral et sombre, tant par l’ image d’une beauté à couper le souffle que par sa mise en scène au point de vue si délicat. Le film avait fait sensation à la Semaine de la Critique du 78e festival de Cannes et était le candidat officiel des Pays-Bas aux Oscars. A lire aussi : entretien avec le cinéaste.
Fermier solitaire de l’Ijsselmeer, région marécageuse des Pays-bas, Johan découvre sur ses terres le corps d’une jeune fille qui a été violée et assassinée. Alors qu’il s’occupe de sa petite fille il se lance à la recherche de la vérité. Mais le mal se cache parfois derrière les apparences les plus ordinaires.
Sven Bresser nourrit sa fiction d’une vérité documentaire essentielle à la beauté et l’âpreté du récit. Visage marqué par les années, le taiseux Johan agit mais ne laisse rien paraître. Acteur non professionnel et coupeur de roseau de son état, Gerrit Knobbe interprète admirablement ce vieil homme toujours au labeur. Les gestes du travail sont parfaitement repris, filmés et exposés. Le tout est mis en image d’une manière très picturale, splendide, dans des plans d’ensemble de paysages qui rappellent la peinture flamande, mais où dès l’ouverture l’horizon est très bas.
En situant l’intrigue dans cette région si particulière des Pays-bas, le cinéaste témoigne également d’une crise sociale. Il montre la dégradation des conditions de travail de ces fermiers spécialisés dans les roseaux qui sont utilisés pour couvrir les toits des maisons hollandaises. Ils font face aux règles de l’Europe et au libre-échange. Des conteneurs chinois aux prix cassés inondent le marché alors que ces hommes fauchent encore à la main, contrairement à ceux du village « d’au-delà du lac » qui se sont industrialisés.
Rietland est un thriller rural à la fois social, psychologique et troublant. Il présente un monde à part, à la dérive et en décalage par rapport au monde économique où les hommes tentent de garder le cap face à l’animalité.