Promising young woman une comédie-thriller pop et trash – Pépite !

Premier long métrage de la très créative Emerald Fennell, comédienne, productrice et scénariste (notamment de la série Killing Eve), Promising young woman est une comédie noire, un thriller très drôle ancré dans son époque produit par Margot Robbie. On entend ici et là dire que « c’est un film de vengeance ». Détrompez-vous. Promising young woman est bien plus que cela. Une comédie pop très réussie qui joue avec les codes du cinéma américain et emmène avec humour le spectateur au-delà des clichés.

A tout juste trente ans, Cassandra a tout pour plaire. Belle, intelligente, la jeune femme dégage un potentiel sympathie évident, bref beaucoup d’atouts. Promise à un bel avenir, première de sa classe en fac de médecine, elle est pourtant fichtrement dépourvue d’ambition. Serveuse dans un coffee shop, elle vit toujours chez ses parents. Sa passion ? Se venger d’hommes qui tenteraient d’abuser d’elle alors qu’elle est saoûle.

Carey Mulligan et Bo Burnham face à Clancy Brown et Jennifer Coolidge. Credit : Merie Weismiller Wallace / Focus Features

Choix parfait pour incarner cette sympathique célibataire, Carey Mulligan (Wildlife de Paul Dano, Drive de Nicolas Winding Refn) est époustouflante en Cassie. Comme son personnage – Cassie joue elle-même différents rôles – l’actrice se métamorphose réalisant la catharsis de cette jeune femme en apparence bien sous tous rapports avec beaucoup de vérité qui se révèlera séduisante et manipulatrice.

Carey Mulligan. Credit : Merie Weismiller Wallace / Focus Features

Oscar du meilleur scénario (et également BAFTA du meilleur film britannique et du meilleur scénario), le film est extrêmement bien écrit par la cinéaste et les rebondissements sont légion. L’apparente comédie va nous mener dans un diabolique thriller. Les procédés scénaristiques sont poussés à l’extrême. Emerald Fennell a l’audace de mener son personnage principal très loin sans perdre le spectateur. Une réussite que l’on voit dans peu de films, (notamment dans Psychose de Hitchcock). Ici les protagonistes sont tous reliés par un passé commun douloureux lié à un événement tragique.

Carey Mulligan et Bo Burnham. Credit : Merie Weismiller Wallace / Focus Features

On aime aussi l’esthétique marquée du film, très pop et un peu années 50 (le générique est rose), comme ce coffee shop aux tons pastels et aux muffins colorés. Cassie vit toujours chez ses résignés parents, Clancy Brown et Jennifer Coolidge, dans un univers savamment mis en scène. Les cadrages y sont toujours les mêmes, fixes, pour souligner cet univers confiné lors des petits déjeuners. L’univers familial semble sclérosé dans le passé et l’on sentirait presque les odeurs vieillotes des anciens meubles rococo. La formidable décoration est imaginée par Nancy Steiner. La bande son du film d’Anthony Willis, une réussite, joue avec la musique du cinéma de genre américain. On pense notamment à la musique chez Hitchcock dans les moments de tension extrême, qui évoque le suspense et créée toute la tension des chefs-d’œuvre du maître.

Promising young woman n’est pas aussi rose que son générique nous le promet. Sous le vernis multicolore de Cassie la cinéaste dénonce l’impunité des viols aux Etats-Unis dans les milieux étudiants. A travers cette histoire palpitante Emerald Fennell questionne la place des genres dans la société américaine et le soutien aux victimes de viol. Voilà un film ingénieux, surprenant, pop et coloré qui en plus s’attaque à un sujet de société sensible et crucial.