
Second long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet après Les Amours d’Anaïs, La Vie d’une femme est une comédie dramatique réussie centrée sur un personnage féminin brillamment interprété par Léa Drucker. Malgré une mise en scène plutôt classique on apprécie le film de Charline Bourgeois-Tacquet pour la modernité qu’il conquiert. Il ne suppose pas la vie d’une femme timidement mais embrasse un vrai personnage féminin dans toute sa profondeur et sa complexité.
Les rôles de Gabrielle s’entremêlent dans sa vie comme ces mondes qui se superposent et se parasitent parfois entre public et privé. Pour ordonner cette vie la cinéaste construit son récit par chapitres. Chirurgienne à l’hôpital public, cette cinquantenaire vit en couple avec ses beaux-enfants, assurant à la fois le rôle de chirurgienne, Chef de clinique, belle-mère, épouse de son mari, le taciturne Henri interprété par Charles Berling. Une écrivaine Frida, Mélanie Thierry, débarque à l’hôpital pour inspirer son prochain roman et l’équilibre vacille. L’inattendu a-t-il sa place dans la vie de Gabrielle ?
Ce portrait de femme suit le rythme effréné de son héroïne mais évite les ruptures par une mise en scène classique. Gabrielle passe la moitié de sa vie au téléphone, jonglant entre les différents rôles de sa vie, des infirmières en passant par ses beaux-enfants, son neveu, ou encore s’occupant de sa mère atteinte d’Alzheimer, Marie-Christine Barrault. Quand les coupures se font trop nettes dans la vie du personnage la cinéaste ajoute quelques douces notes de piano qui viennent apaiser un rythme un peu trop soutenu. La séquence du spectacle de danse en happening vient contrebalancer la vie quotidienne millimétrée de Gabrielle. L’art semble manquer terriblement à son existence, comme une respiration vers le divin et la passion dans ce quotidien millimétré.
L’état de l’hôpital public français se dessine en filigranes dans la relation qu’entretient Gabrielle à son adjoint et ami Kamyar, merveilleux Laurent Capelluto qui finira par jeter l’éponge d’un emploi qui lui demande bien trop de sacrifices. Suggérant par là, en esquisse, une trop grande exigence de Gabrielle envers ses collègues. Ou encore le déménagement pendant lequel les médecins d’autres services embarquent et s’attribuent les pièces à déménager. Gabrielle apparait alors comme une guerrière, seule rescapée qui tente de maintenir de l’humanité dans une institution publique en déliquescence, comme avec ces internes fraichement diplômés qui partent en vacances pendant leur service. Le sable lui file entre les doigts.