Little trouble girls, une tempête en pleine adolescence de Urska Djukic


Premier long métrage de la Slovène Urska Djukic, Little trouble girls est un conte initiatique à la fois rafraichissant, joyeux et dramatique sur l‘évolution d’une jeune fille de seize ans qui entreprend le délicat passage à l’âge adulte. La cinéaste co-écrit le scénario avec Maria Bohr, qui était déjà sa collaboratrice sur La vie sexuelle de Mamie, lauréat du meilleur court-métrage aux European Film Award en 2022. Le titre du film rappelle celui d’un morceau de Sonic Youth que l’on entendra au milieu de chants polyphoniques étourdissants de beauté dans une bande son fabuleuse. Prix Fipresci au festival de Berlin 2025 Little trouble Girl était le candidat officiel de la Slovénie aux 98e Oscars cette année 2026. En Belgique il était présenté notamment en Sélection Officielle au Film Fest Gent. (A lire bientôt : entretien avec la cinéaste Urska Djukic).

Elève de la chorale d’une école catholique dirigée par le Chef de choeur Bojan, Lucia s’apprête à partir en stage intensif de chant avec son groupe dans un couvent, à Cividale del Friuli près de Trieste. Ce séjour constituera une semaine de bouleversements intenses dans sa jeune vie d’adolescente.

Admirablement interprétée par Jara Sofija Ostan pour la première fois à l’écran, Lucia est une jeune fille timide, rêveuse, à l’écart, qui tiraillée entre le bien et le mal,perd pied. Entre le bien qu’on lui inculque dans son école catholique et sa mère un poil castratrice qui lui interdit le maquillage. La jeune fille est pieuse, en témoigne la voix-off qui murmure en douce des prières espérant l’éloigner du péché. Et de l’autre côté il y a la vie. La jeune femme vivra ses premiers émois, la découverte du désir par des montagnes russes. A l’opposé la très sûre d’elle Ana-Maria, Mina Švajger, lèvre rougies, maquillée, toujours à la recherche d’un coup retentissant à faire présente une forte personnalité. Le chef de choeur Mr Bojan, Saša Tabaković. plutôt dévoué à ses élèves est quant à lui passionné par son travail, la musique.

Fraicheur, insouciance et rires adolescents rythment le récit de ce film audacieux à l’onirisme certain. L’héroïne est candide face à la religion, la vie et la jeunesse, coincée entre la religion et la découverte de la sexualité, des premiers désirs.
Le film séduit par la grande sensibilité de sa mise en scène. Urska Djukic porte un vrai regard cinématographique sur ce récit d’apprentissage adolescent en affirmant son point de vue à chaque plan. Epousant dans un premier temps le regard de son héroïne Lucia, elle n’hésite pas à retourner l’image pour nous montrer l’arrivée du prêtre en plein cours alors qu’en cours d’un exercice de respiration Lucia a la tête en bas. Comme de minuscules indices distillés de ci de là, les détails sont primordiaux dans la mise en scène et la cinéaste reste toujours proche de ses personnages. Elle montre ainsi les éléments du corps en transformation de l’adolescence avec subtilité. Un appareil dentaire, un peu d’acné sont ainsi filmés en gros plan au détour d’un chant dans le groupe d’adolescentes. On retiendra aussi un plan d’une beauté absolue dans un accord voix/image total lorsque la caméra saisit les visages des filles de profil en plan rapproché qui chantent en polyphonie. La cinéaste montre l’onde sonore par l’image, avec l’ondulation des voix dans les choeurs qui apparaissent à l’image.

Le regard amusé et tendre de la cinéaste saisit parfaitement la spontanéité, la fougue, l’insouciance de la jeunesse dans les multiples éclats de rires des jeunes filles, mais aussi la difficulté d’une adolescente en lutte contre les carcans sociétaux pour devenir une femme y compris dans la découverte du harcèlement.