
Premier long métrage de Marine Atlan La Gradiva est un drame générationnel intense très séduisant. Après un court-métrage déjà co-écrit avec Anne Brouillet Les Amours vertes, récompensé du Grand Prix au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand, la cinéaste a vu son dernier film sélectionné à Cannes. La Gradiva a décroché le Grand Prix à la 65ème Semaine de la Critique et a récemment remporté le Prix du meilleur film au Film fest Gent. Un avenir prometteur pour une réalisatrice inspirée par les mouvements de l’existence.
Un groupe de lycéens français effectue un voyage de fin d’année à Naples en Italie, pour découvrir Pompéi et les corps pétrifiés par le Vésuve. Une confrontation qui ne laissera pas de marbre les élèves qui se laisseront peu à peu gagner par le vertige de l’existence.
Dans ce film choral Marine Atlan prend le pouls de cette jeunesse dans l’air du temps. Sa caméra filme le groupe avec beaucoup de justesse et saisit au vol l’humeur des jeunes, la folie du groupe, son incommunicabilité comme les réactions instantanées qui le caractérisent. Celle dont le premier métier est Directrice de la Photographie capte parfaitement l’essence et la vie de cette génération.
Le scénario présente un récit par strates et si l’avenir du groupe est en jeu, on accédera également aux failles et préoccupations de chacun des attachants protagonistes. Pour l’intranquille Toni, fabuleux Colas Quignard, le voyage revêt une importance particulière, un retour sur les traces du passé familial révélateur de son histoire personnelle. James, Mitia Capellier, son ami navigue lui dans la vie avec plus de légèreté. De nature plutôt introvertie, isolée au sein des élèves, Suzanne, convaincante Suzanne Gerin, révèlera une confiance en soi inexistante, mais une tête bien faite. Son amour pour les arts plastiques pourra peut-être la sauver. Professeur de latin, la passionnée Marianne Mercier magistralement interprétée par Antonia Buresi tentera désespérément de capter l’attention d‘élèves dissipés. Tandis qu’elle leur transmettra la connaissance, leur fera découvrir la catastrophe passée et la beauté mystique de l’art en faisant appel à leur imagination, l’épuisement la gagnera.
La confrontation à la catastrophe de Pompéi, à l’art et aux tableaux que les jeunes doivent appréhender les précipitera dans le vertige abyssal de l’existence, eux qui sont à un moment-clé de leur vie. L’avenir inconnu et plutôt inquiétant de ces jeunes viendra se confronter au temps et aux mythes passés. Ces moments constitueront des bouleversements intenses pour ces jeunes en proie aux questionnements et face à des choix de vie qui dessineront leur avenir. Quitter le lycée et aller vers son destin, empêchés parfois par « la machine » Parcoursup qui, d’une violence terrible oublie l’humain et telle une guillotine sanctionne l’avenir rêvé de l’un ou de l’autre. Ce voyage met en question l’avenir de ce groupe qui va exploser mais aussi celui de chacun et laissera de coté les moins chanceux. Deuxième de sa classe, Younès se retrouvera avec 3 vœux formulés pour des écoles sur une liste d’attente malgré ses bons résultats. Madame Mercier lui expliquera que second dans son lycée n’est pas le même classement dans un meilleur établissement et qu’il aurait dû multiplier les souhaits d’établissements, alors qu’il en avait déjà formulé 3. Cette distribution des résultats au hasard des élèves lors de la dernière soirée dévoile la perversion d’un système qui ne fonctionne pas et les laisse, qu’ils soient bons ou mauvais sur le bord de la route en fonction d’un algorithme.
La grandeur du film tient en grande partie à sa figure, celle de l’effondrement. La destinée du personnage de Toni se retrouve liée à l’histoire de Naples et son tremblement de terre dans une figure d’effondrement inexorable à la dramatisation exceptionnelle du récit. Du génie. Le titre annonce la tragédie comme ce lieu marqué par l’histoire avec ces peuples figés à jamais dans la cendre. Le voyage transformera à jamais chaque personnage de ce groupe.