Coward, Lukas Dhont filme l’intimité de la guerre dans un grand film d’amour

Après Girl et Close Lukas Dhont change d’univers, il se confronte à l’armée et signe Coward (Les Braves) un drame de guerre à la dramaturgie exceptionnelle. Il nous emmène au coeur de l’armée belge durant la première Guerre Mondiale, au sein les unités qui assuraient la base arrière du front. Le film a remporté un joli doublé au 79e festival de Cannes avec le Prix du Meilleur acteur pour Valentin Campagne et Emmanuel Macchia dont les performances sont remarquables. Le troisième long métrage de Lukas Dhont, sans doute son œuvre la plus maitrisée, a également été choisi pour représenter la Belgique à la 99e Cérémonie des Oscars.

Jeune recrue fraîchement arrivée en zone de guerre, Pierre (Emmanuel Macchia) veut en découdre sur le front. Il rencontre Francis (Valentin Campagne) qui lui est chargé, vaste besogne, de remonter le moral des troupes.

Coward est un drame de Guerre immersif qui plonge le spectateur auprès de Pierre, «un bleu» nouvellement débarqué dans l’armée, superbement interprété par Emmanuel Macchia. Le cinéaste plonge dans l’intimité des soldats à l’arrière garde du front, « le off », celle que l’on ne voit jamais. Les difficultés de vie, la fatigue extrême, dormir de jour pour assurer les sorties nocturnes dans les tranchées, aller chercher les morts dans un temps chronométré à portée de l’ennemi, sont autant de tâches effectuées sous la tension de la menace sourde et constante au loin.

Le spectateur est invité dans le ressenti des personnages de ce film à la mise en scène particulièrement immersive, jusqu’à leurs respirations dans l’effort et dans leur stress lié à la peur de la guerre. Cela commence par le soin du cheval que l’on voit à peine dans un plan légèrement décadré et dont on sent la nervosité avec le son des bombes qui tombent au loin. La situation psychologique insupportable des soldats est parfaitement rendue avec l’attente de la guerre, le boche, l’ennemi allemand au loin et au plus près avec les prisonniers. La bande son participe à l’enfermement de Pierre. Dans ce récit immersif et réaliste la bande son comme l’image somptueuse – du chef opérateur Frank Van Den Eeden – ne laissent aucune place à l’horizon.

Derrière le drame de guerre se joue la romance. Le scénario comporte tous les éléments d’une histoire d’amour passionnante et vibrante. Un amour homosexuel interdit au sein de l’armée mais qui se déploie peu à peu, du réel jusqu’à atteindre toute la société. Cette histoire d’amour impossible est l’atout dramatique du récit. Deux personnages singuliers, Francis l’extraverti (formidable Valentin Campagne) et Pierre le taiseux qui s’aiment au début du vingtième siècle, au coeur de l’armée, au sein d’une société profondément viriliste dans laquelle le cinéaste pousse ses personnages, semblent avoir un avenir compromis. « On est libres ici je ne veux pas que ça s’arrête » exprimera Francis à propos de la Guerre. Un rêve d’ailleurs impossible que tente de contredire le spectacle, comme une échappatoire à leur condition malheureuse.

Francis créée une revue avec des artistes dans un groupe appelés les « Rejetés », un challenge tandis que chants et de danses sont superbement mis en scène. Le spectacle représente la possibilité d’un imaginaire pour ces personnages piégés dans la guerre. Il est aussi l’indicible au milieu des blessés que l’on ramène, hurlant de douleur sur des civières. «On peut aller partout sur cette scène. A la mer, dans le désert» dira Francis à Pierre, avant qu’ils imaginent le soleil en fermant les yeux.