
Après deux Astérix, Le Domaine des Dieux (César du meilleur film d’animation en 2014) et Le Secret de la potion magique (2018) co-réalisés avec Alexandre Astier, Le Corset est le premier long métrage en solo de Louis Clichy. Ce passionné d’animation livre un récit émouvant et lumineux sur l’enfance, dans un film où l’animation se fait douce et limpide pour servir une histoire au ton très juste. Une petite merveille sur l’enfance avec les drames et les joies de la vie. Prix spécial du Jury en sélection Un Certain Regard au 79e Festival de Cannes cette année 2026. (A lire bientôt: entretien avec Louis Clichy).
Au coeur de la Beauce, Christophe 11 ans, coule des jours heureux à la ferme de ses parents avec son frère JB. A l’école, à la maison comme sur le tracteur, Christophe penche toujours. Un jour il penche plus que d’ordinaire… Et c’est la chute. Christophe est contraint de porter un corset, même pour dormir. Il va devoir se réinventer, faire face à cet élément de fer pour vivre, rencontrer Clara avec qui il pourra s’amuser, éclairer ses jours et découvrira la musique qui élargira son univers, pour peut-être enfin trouver sa voie.
L’humour habite ce récit positif avec une certaine délicatesse. Louis Clichy a co-écrit le scénario avec Franck Salomé. Il nous conte une histoire touchante sur ce jeune garçon qui va devoir, aux prémices de l’adolescence, affronter les caprices d’un corps tortueux et se soigner à l’aide d’un ennemi qui a la froideur du fer, son corset. La Beauce où il vit est une région rare à l’écran, l’occasion d’insérer un témoignage sur la réalité de la profession d’agriculteur. L’organisation familiale avec en son coeur le travail sont parfaitement dépeints. Christophe comme son frère aident à la ferme dès que possible, même si JB devra partir étudier au lycée agricole pour assurer l’avenir de l’exploitation. La question de la filiation habite ce récit, ce destin tracé dont Christophe en grandissant voudrait s’échapper, comme la difficulté de faire des choix à son âge, pour lui-même. La découverte de la musique sera pour lui salvatrice, lui qui est habité par la colère.
Le film est aussi un drame social, car la situation de cette famille d’agriculteur est tendue. Les conditions de travail y sont abordées. La météo et ses aléas, la récolte accélérée pour éviter de la perdre à cause de la pluie. L’archarnement à dépenser toujours plus, poussé par la coopérative qui vend des machines-monstres impayables aux agriculteurs déjà endettés.
La voix de Christophe est celle de Gary Clichy fils du cinéaste, le père, Dimitri Colas, JB le frère, Rod Paradot, Catherine la mère, Aurélie Vassort, Clara, Brune Moulin, Michel le prof d’orgue, Alexandre Astier et le prêtre est interprété par Jean-Pascal Zadi.
La musique uniquement intra-diégétique est utilisée avec parcimonie, ce qui apporte du sens à la narration. Deux morceaux participent au récit, Comme un ouragan de Stéphanie de Monaco et le Requiem en ré mineur de Gabriel Fauré.
Louis Clichy réussit un récit initiatique intime sur la résilience dès l’enfance, la manière de grandir pour parvenir à faire ses propres choix, prendre son destin en main avec un superbe trait d’encre mêlé à l’aquarelle qui insuffle beaucoup de lumière à cette histoire désarmante.