Louis Garrel est Le redoutable Jean-Luc Godard dans une comédie hommage de Michel Hazanavicius – Sortie le 13/9

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Voilà un pari osé dans lequel se lance Michel Hazanavicius, lauréat de l’Oscar du Meilleur réalisateur et celui du Meilleur film pour The Artist, en réalisant un long métrage sur un mythe, Jean-Luc Godard. Il créé une comédie avec le parti-pris audacieux d’utiliser les processus narratifs de Godard quitte à les détourner. Lire la suite

Sweet dreams (Fai bei sogni) de Marco Bellocchio, drame sur la construction humaine -En salle le 14 décembre

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1969, Turin. Massimo, 9 ans, vit une relation tendre et complice avec sa mère. Une nuit, elle disparait dans des circonstances mystérieuses. Son père le conduira voir un prêtre qui lui expliquera son départ au paradis. Massimo n’acceptera pas cette perte brutale.  
1990, Massimo est journaliste sportif puis reporter de guerre. Alors qu’il doit vider et vendre l’appartement de son enfance, son passé revient le hanter et les blessures s’ouvrent à nouveau.  
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Drame psychologique d’une intelligence rare, Fai bei sogni est le dernier film du grand cinéaste italien Marco Bellocchio, 77 ans et de nombreuses oeuvres à son actif, (Vincere, La belle endormie, Le diable au corps…). Le film est inspiré du roman de Massimo Gramellini, Fais de beaux rêves mon enfant et retrace la tragédie intime d’un petit garçon devenu homme, Massimo, remarquablement incarné par Valerio Mastandrea (Pasolini, Abel Ferrara). Beau film de facture assez classique mais comportant une construction très enchevêtrée avec des allers-retours : entre 1969 où Massimo a 9 ans, incarné par le colérique aux yeux noirs (à raison !) Nicolo Cabras, les années 70, où Massimo est adolescent, interprété par le convaincant Dario Dal Pero, et la fin des années 90, le présent du film.

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Massimo, comme paralysé par son passé, va devoir lutter pour pouvoir s’accomplir vraiment en tant qu’adulte malgré le poids psychologique des moments forts de cette vie disparue. Les souvenirs qu’il a avec sa mère, interprétée par Barbara Ronchi (Miele de Valéria Golino) sont joyeux, composés de jeux et de danses endiablées. Grâce aux consignes médicales qui seront prodiguées par Elisa, médecin, Bérénice Béjo, la guérison va pouvoir commencer.

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Comme dans d’autres films du cinéaste, on relèvera une construction par flash-forward extrêmement intéressante. Au début du film, Massimo regarde la série Belphégor – datant de 1965, dirigée par Claude Barma avec Juliette Gréco d’après le roman d’Arthur Bernède – lové contre sa mère. Des images de Belphégor interviendront le long du récit en montage parallèle jusqu’à ce que les masques tombent (y compris celui de Belphégor) et que le personnage adulte évoque face au médecin ce monstre fantastique en l’incluant dans l’espace diégétique du film, alors qu’auparavant il n’était présent que dans son esprit d’enfant.
Comme souvent, Marco Bellocchio n’est pas tendre envers la religion. Quand le prêtre explique à Massimo que sa mère a voulu rejoindre Dieu, ce dernier se tourne vers son père et lui demande si cela est vrai d’un air ferme et incrédule. Le jeune Nicolo Cabras est exceptionnel dans ce rôle.

Le film porte en lui le parfum de toute l’histoire du cinéma italien dans cette sorte de classicisme d’apparence. Il est aussi moraliste. Les adultes n’ont pas le courage d’expliquer la réalité au petit Massimo sur ce qui est arrivé à sa maman. Lâcheté humaine ou culturelle, il en portera le fardeau toute sa vie jusqu’à en être psychologiquement très atteint devenu adulte. Il ne faut jamais mentir à un enfant paraît-il…

A lire : Interview de Marco Bellocchio

Critique de Blood of my blood

Bientôt : Interview de Barbara Ronchi

Eternité de Tran Anh Hung est une fresque cinématographique sur la vie digne des grandes peintures de l’histoire de l’art -En salle le 14 septembre

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Un jardin, fin XIXème. Une séance de photo de famille : un couple et ses trois petites filles immortalisent le moment tandis qu’une voix-off féminine nous explique le destin des trois jeunes soeurs et surtout celui de Valentine (Audrey Tautou). Puis, Valentine a 20 ans et se marie avec Jules (Arieh Worthalter). Le film relate alors une saga familiale sur un siècle, en se basant sur l’histoire de Valentine. Les couples s’aiment, font des enfants et la vie continue, ainsi de suite entre moments de joie et de douleur…

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Eternité de Tran Anh Hung (Lion d’or à la Mostra de Venise 1995 pour Cyclo, Caméra d’or au festival de Cannes 1993 pour L‘odeur de la papaye verte) est une oeuvre philosophique sur l’existence. Basée sur le roman « L’Elégance des veuves » de Alice Ferney, l’histoire nous emmène de génération en génération dans une saga familiale qui débute fin XIXème, où les femmes enfantent et supportent la perte de leurs proches. Les générations se succèdent ainsi inlassablement dans le cycle de la vie. C’est une pléiade de bons acteurs qui vont donner corps à cette épopée familiale à laquelle on a envie de croire : Audrey Tautou, Mélanie Laurent, Jérémie Rénier, Bérénice Béjo, Pierre Deladonchamps…

Ce film très contemplatif résonne avec Tree of life de Terence Malick (Palme d’or 2011 au Festival de Cannes). Le spectateur n’est pas impliqué dans le récit, il contemple le temps qui passe et les événements qui se succèdent. Il apprend les destinées des personnages grâce à une voix-off féminine omnisciente, qui connaît un futur que les personnages ne connaissent pas eux-mêmes, notamment leur mort. Le spectateur va ainsi assister au cycle de la vie qui défile et recommence indéfiniment.

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La mise en scène magnifie les relations entre les protagonistes en les filmant de près. Les paroles sont fugaces et rares, des sensations comme le toucher : « la peau parfaite des enfants » évoquera Mathilde (Mélanie Laurent), ou les regards entre les protagonistes sont des éléments qui vont enrichir le récit raconté en off. Le cinéaste use d’une image esthétisante et de ralentis pour magnifier certains moments importants de la vie : Valentine et ses deux soeurs adolescentes qui courent et rient avant d’arriver à l’âge adulte. Même scène pour les filles de Valentine plus tard, qui courent « au ralenti » après être allées ramasser les oeufs dans le poulailler.

Si les dialogues sont rares au profit d’un récit romanesque livré par une voix-off, la musique (piano) omniprésente favorise la succession des différentes époques de la vie de cette famille. Soulignons également des décors majestueux réalisés par Véronique Sacrez. Le cinéaste replace souvent le propos philosophique du film aux origines de la vie, symboliquement dans des jardins romantiques à la nature envahissante.

Ce portrait presque instantané du renouvellement générationnel d’une famille sur un siècle nous rappelle combien il est infini. Tran Anh Hung montre aussi un cycle de la vie qui s’il n’est pas rompu, s’adapte au réel et en cela, il est moderne. Les personnages affrontent et s’adaptent à la réalité pour y survivre dans un élan positif. Gabrielle et Henri vont ainsi transcender leurs pertes. Il dédie ce film à ses enfants. C’est une belle oeuvre hors du temps et universelle. Pour l’éternité.