Dans Les Fantômes d’Ismaël, Arnaud Despleschin dépeint un auteur rattrapé par les tourments de la création – Ouverture du Festival de Cannes

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Ismaël Vuillard, cinéaste, travaille à son prochain film qu’il est sur le point de tourner, à propos d’Yvan, un diplomate atypique inspiré de son frère. Ismaël se trouve perturbé par le retour de Carlotta, sa femme, disparue vingt ans plus tôt. Suite à ce retour, Sylvia, sa compagne, s’enfuit et Ismaël rejette Carlotta. Profondément bouleversé, Ismaël quitte le tournage pour retrouver sa maison familiale à Roubaix, assailli par ses fantômes. Lire la suite

Rock’n roll ! Guillaume Canet réalise une comédie hilarante et inattendue sur un pétage de plomb dans le showbiz parisien – En salle le 22 février

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Guillaume Canet, 43 ans, a tout pour être heureux. Une vie de couple avec Marion Cotillard, un fils adorable… La belle Camille, actrice de 20 ans avec qui il tourne un film va remettre en cause ses certitudes. Elle lui assène qu’il n’est pas très Rock, qu’il ne l’a jamais été et qu’il a chuté dans la liste des comédiens qu’on aimerait bien se taper… C’est l’occasion d’une terrible remise en question pour l’acteur qui va comprendre l’urgence de changer cette image ringarde devant son entourage médusé. Lire la suite

Mal de Pierres : Marion Cotillard bouleversante dans le drame romanesque de Nicole Garcia -Sortie le 19 octobre

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Dans le milieu de la petite bourgeoisie agricole, la jeune Gabrielle dérange. Eprise de romance et de passion à une époque où cela n’est pas dans les convenances, la jeune femme rêve d’une vraie histoire d’amour. Ses crises de douleur ne seront pas prises au sérieux, on la dit folle. Pour s’en débarrasser, sa mère lui fera épouser José, un ouvrier espagnol saisonnier. Gabrielle se verra enterrée vivante et refusera de l’aimer, mais lors d’une cure thermale pour soigner son « mal de pierres », elle rencontrera André Sauvage, lieutenant blessé durant la guerre d’Indochine. L’occasion pour elle de renouer avec la passion. 

Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes, Mal de Pierres est un grand drame romanesque. Nicole Garcia réalise sans doute ici l’un de ses meilleurs films en adaptant librement le roman de Milena Agus, Mal di pietre, dans un scénario co-signé avec Jacques Fieschi (scénariste ayant collaboré avec Claude Sautet, Olivier Assayas, Anne Fontaine…).

Avec cette comédie dramatique, on plonge dans le destin d’une femme des années 1950. Marion Cotillard y est troublante en Gabrielle, jeune femme avide de romance et d’amour, inadaptée à son époque, durant laquelle une femme « respectable » n’est pas sensée avouer ses passions. La jeune femme lit Les Hauts de hurlevent, comme si elle voulait que sa vie ressemble à un roman. Le très convaincant Alex Brendemühl joue José, ouvrier espagnol amoureux résigné, qui va épouser Gabrielle et supporter le manque d’amour. Le lieutenant blessé, sorte d’amant mystérieux est interprété par Louis Garrel, dont le jeu est un peu plus faible, mais il est vrai qu’il est blessé… Jolie surprise de retrouver Brigitte Roüan (Les combattants, réalisatrice de Post-coïtum animal triste) en Adèle, mère de Gabrielle un peu tyrannique concernée par sa réputation, qui va donner sa fille en mariage au premier venu.

La romance omniprésente est magnifiée par tous les éléments du récit : L’image est superbe et embrasse les paysages comme les corps. La photographie est signée par Christophe Beaucarne (Magritte 2011 de la Meilleure image pour Mr Nobody de Jaco Van Dormael). Les décors d’Arnaud de Moleron tout comme les costumes de Catherine Leterrier, nous invitent dès le début du film à entrer dans cette époque des années cinquante et nous y plongent irrémédiablement pour notre plus grand plaisir. La musique joue bien évidemment et comme il se doit, un grand rôle dans cette fiction romanesque. C’est aussi une composante intégrée à la diégèse du film à travers le piano à la fois joué par l’amant et par le fils. En résumé, la plus belle oeuvre de Nicole Garcia.

Juste la fin du monde de Xavier Dolan : retour en enfer et abnégation – En salle le 21 septembre

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Louis, 34 ans, dramaturge, revient voir sa famille après douze ans d’absence pour annoncer sa mort prochaine.

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Grand prix au Festival de Cannes 2016 ce superbe drame franco-canadien est l’adaptation de la pièce de théâtre homonyme de Jean-Luc Lagarce. Jeune prodige du cinéma, Xavier Dolan, 27 ans (Mommy : Prix du jury au Festival de Cannes 2014 ex aequo avec Adieu au Langage de Jean-Luc Godard), tourne au rythme d’un film par an et scénarise, monte et réalise une oeuvre urgente et sincère.

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S’intéressant une fois de plus aux relations familiales complexes et parfois tordues, Xavier Dolan réussit une formidable mise en scène dans ce huis clos. C’est le monde imprévisible de la famille dans lequel Louis revient et où les personnages sont filmés de manière très proche. La tension y est oppressante car après 12 ans de séparation, tout le monde attend quelque chose de l’autre et vite : « On a peur du temps que tu nous donnes » lui dira sa mère. Cris et disputes sont au rendez-vous. Les réactions des personnages sont justes et vraies. Le cinéaste abandonne pour cette fois ses actrices fétiches Anne Dorval et Suzanne Clément, mais s’entoure d’un casting français hors pair (volontairement sans accent québécois, en s’adaptant à la pièce) : Méconnaissable Nathalie Baye en brune habillée de rouge aux ongles bleus qui incarne Martine l’énergique mère, figure centrale du cinéma de Dolan, dont une fois de plus le père est absent. Louis (Gaspard Ulliel) réussit une interprétation tout en finesse de ce jeune auteur, fils exilé venu accomplir une bien lourde peine auprès des siens. Catherine (Marion Cotillard) incarne sa belle-soeur gênée et maladroite, personnage emblématique du récit, sur le fil, car elle ne connait pas Louis, elle tente d’arranger, d’apaiser et surtout c’est elle qui va comprendre très tôt la lourdeur du secret de celui-ci. On le comprend grâce à des silences et des gros plans insistants sur le malaise entre les 2 protagonistes. Ce moment en suspens est amené de manière fort subtile par la mise en scène, et c’est très beau. Suzanne (Léa Seydoux) jeune femme paumée et petite soeur de Louis avide de connaitre son frère, fume tant de joints que cela ne lui fait « plus rien ». Antoine (Vincent Cassel) est angoissant en grand-frère de Louis mutique et colérique qui tente difficilement de contenir sa rage. Il reproche à son frère d’utiliser « des mots pour nous confusionner ».

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C’est finalement les paroles de la mère, admirable et criarde Nathalie Baye, que l’on retiendra pour leur saveur reflétant la complexité des relations humaines. Ces quelques mots véhiculent à la fois amour et haine quand Martine dira à Louis entre deux bouffées de cigarettes « Je ne te comprends pas mais je t’aime et ça personne ne pourra me l’enlever. Tu peux la garder celle-là pour une de tes pièces ».