« Pour que l’on vous laisse tranquilles il va falloir se battre très fort et faire beaucoup de bruit » Entretien avec Hubert Charuel, réalisateur de Petit Paysan

C’est une destinée particulière que celle d’Hubert Charuel. Fils de paysans, engagé dans des études de vétérinaires, le cinéaste a longuement hésité avant d’entamer des études de cinéma à la FEMIS, abandonnant définitivement l’idée de reprise de la ferme familiale. Avec Petit Paysan son premier long métrage, remarqué à la Semaine de la Critique à Cannes, le cinéaste réussi un coup double. Il met en lumière les problèmes du monde paysan en France aujourd’hui, et réunit dans cette œuvre profondément humaine sa famille qui joue dans le film, les reliant au milieu du cinéma. Hubert Charuel est un personnage attachant à l’humour cinglant. En témoigne son message vidéo hilarant pour remercier le Jury Junior du 32e FIFF qui lui a décerné son prix. Lire la suite

Carte Blanche à Hubert Charuel, réalisateur de Petit Paysan

petitpaysan_aff

Petit Paysan a fait forte impression à la Semaine de la Critique au dernier Festival de Cannes. Hubert Charuel a la gentillesse de nous présenter son film, sur Pierre, éleveur laitier, qui va peu à peu plonger dans un véritable thriller psychologique. Le film est en Compétition au FIFF catégorie 1ère œuvre de fiction. Lire la suite

Dans Petit Paysan d’Hubert Charuel, Swann Arlaud se bat seul contre les lois – Le 18/10

4c

Petit Paysan dévoile le monde de l’élevage laitier et l’absurdité de politiques inadaptées. Il a été très remarqué à la Semaine de la Critique à Cannes et a remporté récemment le Prix du Jury Junior catégorie 1ère œuvre de fiction au FIFF. Lire la suite

Une vie de Stéphane Brizé : Le romantisme trash, Maupassant au cinéma – En salle le 16 novembre

4c

1819, en Normandie. Après une enfance passée au couvent, Jeanne Le Perthuis des Vauds revient vivre au château de ses parents. La jeune femme profite des plaisirs simples de la vie entre jardinage, jeux et rêveries. Elle va épouser Julien de Lamare, qui très vite, se révèlera un être pingre, brutal et volage. Les illusions de la jeune femme vont peu à peu s’envoler.

une-vie_photo-3-%e2%88%8f-ts-productions-photographe-michaa%cc%82l-crotto

                                                                                                            © O’Brother Distribution 2016

Après La Loi du Marché, Stéphane Brizé nous emmène au XIXème siècle pour une adaptation du premier roman de Maupassant Une vie, à partir d’un scénario co-écrit avec Florence Vignon. C’est sa seconde adaptation au cinéma après Mademoiselle Chambon (César de la meilleure adaptation en 2010 déjà co-écrite avec sa comparse). Le cinéaste prélève dans l’œuvre originale des moments fugaces mais clés de la vie de Jeanne, l’héroïne (Judith Chemla, Camille redouble de Noémie Lvovsky). Cela crée un récit juste et essentiel, structuré par d’importantes ellipses, qui donnent une modernité particulière au film, particulièrement réussi.

Dans un plan très poétique, Jeanne ferme les yeux, rêveuse, face au soleil. Elle pense à la discussion sur le mariage qu’elle a eue avec ses parents, que l’on entend en off. Il est question d’un mariage arrangé avec Julien, impassible Swann Arlaud  (Les Anarchistes de Elie Wajeman), mais ils veulent qu’elle soit heureuse et lui laissent le choix. L’épisode du mariage de Jeanne et Julien sera ainsi seulement évoqué avant que l’on assiste à la nuit de noce, moment pénible pour Jeanne. Le  couple vit ensuite dans le château des parents qui en sont désormais partis. Jeanne a froid, elle brûle du bois pour se chauffer. La jeune femme subit la première réprimande de son mari : il ne faut pas chauffer, elle doit se couvrir. Elle ne doit pas user les bougies non plus. On le verra jouer aux cartes seul pendant que Jeanne s’ennuie, ce qui tranche avec les moments heureux passés avec ses parents et avec leurs amis ou les jeux se jouaient à plusieurs. Les parents sont incarnés par un Jean-Pierre Darroussin, philosophe Rousseauiste (comme dans l’oeuvre de Maupassant), qui profite du sens de la vie et Yolande Moreau incarnant la mère de Jeanne, qui se réfugie dans ses souvenirs et relit incessamment des lettres du passé. Citons aussi la servante « sœur de lait » de Jeanne, Rosalie jouée par la dévouée Nina Meurisse, qui ne lâchera jamais cette dernière.

une-vie_photo-7-%e2%88%8f-ts-productions-photographe-michaa%cc%82l-crotto

                                                                                                            © O’Brother Distribution 2016

On salue une mise en scène très affirmée qui épouse parfaitement le récit : le choix du 4/3 et de cadrages très ciblés, d’abord un peu déstabilisants, expriment parfaitement l’isolement que Jeanne va subir peu à peu. Comme dans La loi du marché, rien n’est jamais frontal, le spectateur observe un peu à l’écart ce qui va se creuser. Un plan énigmatique de Jeanne, sombre, âgée et trempée par la pluie au bord d’une route, interviendra régulièrement dans la narration en montage parallèle. On en comprendra la signification une fois parvenus au moment synchrone de ce plan dans l’histoire.

Une grande poésie émane de ce drame parfaitement maitrisé. Les conditions de vie de Jeanne se dégradent progressivement et c’est bouleversant. Le film montre la place de la femme à cette époque, même si, ce qui est intéressant, Jeanne a fait elle-même le choix de ce mariage. Cela n’empêchera pas le prêtre de la culpabiliser avec l’appui de sa mère suite à la tromperie du mari « la souillure du péché rejaillit sur vous » sans que pour autant le mari n’en soit autant tourmenté.

A lire aussi : Entretien avec Stéphane Brizé