« Je rêvais d’être capable de donner à un personnage féminin la richesse, la profondeur et la complexité que l’on n’attribue malheureusement que trop souvent aux personnages masculins » Arnaud Des Pallières pour Orpheline

Arnaud Des Pallières au centre, Christelle Berthevas et la jeune Véga Cuzytek accompagnés de Bouli Lanners au FIFF 2016 – Photo ©FIFF_JulienPeeters

Arnaud Des Pallières est sorti grand gagnant du FIFF 2016 avec son film Orpheline, remportant le Bayard d’or du Meilleur Film et ses actrices celui de la Meilleure Comédienne avec ex-aequo : Adèle Haenel, Adèle Exarchopoulos Solène Rigot et Véga Cuzytek. Nous avions rencontré le cinéaste juste après la cérémonie.

Stéphanie Lannoy : Est-ce selon vous l’audace d’une certaine forme de cinéma qui est récompensée ?

Arnaud Des Pallières : Le parti pris n’est pas follement original. Mais un principe fort du film est de faire jouer un seul et même personnage par quatre actrices dont je n’ai pas cherché du tout à ce qu’elles se ressemblent. Elles sont très différentes et de personnalités diverses. Oui, c’est merveilleux qu’un jury d’un grand Festival comme Namur décide de décerner un prix à un film qui essayait d’inventer en tous cas sa propre langue.

Pourquoi en êtes-vous arrivé à éclater le récit avec ces quatre personnages qui n’en font qu’un au final?

Pour le dire très simplement, j’ai voulu que Christelle Berthevas, Co-scénariste du film avec qui j’avais déjà fait l’adaptation de Michael Kohlhaas, mette sur le papier son histoire et très vite, des moments particuliers très forts sont apparus, que je n’ai pas voulu lisser. Ca ne pouvait pas être interprété par une seule actrice. C’est vraiment la fidélité au personnage et à ce que je lui ai demandé qui a dicté une chose assez inhabituelle qui m’a paru évidente. J’avais l’impression qu’appeler quatre actrices était la bonne idée de mise en scène. Assez vite je me suis demandé si elles devaient se ressembler, mais ça n’a jamais été au fond une tentation et très vite, moi qui suis assez impulsif sur ces choses-là, je me suis dit : «  mais non, il faut que je prenne quatre actrices que j’aime passionnément et qu’à travers chacune d’elle je dégage l’un des caractères du personnage ».

Pourquoi choisir un personnage principal féminin ?

C’était la seconde audace du film, qui était pour moi-même la première, c’est de prétendre moi, homme, faire un film sur une femme parce que depuis que je fais des films, j’avais le sentiment que je n’avais jamais sérieusement traité un personnage féminin. J’en avais un peu honte, je sentais que c’était une faiblesse dans mon travail et que comme certains très grands cinéastes comme Dreyer ou Lars Von trier, je rêvais d’être capable de donner à un personnage féminin la richesse, la profondeur et la complexité que l’on n’attribue malheureusement que trop souvent aux personnages masculins.

Est-ce qu’écrire avec une femme, Christelle Berthevas, vous a aidé à construire le personnage ?

C’est plus qu’écrire avec une femme. C’est d’abord une femme qui me donne son histoire et ensuite chercher avec elle une manière d’être fidèle à la jeune femme, à la petite fille, à la jeune fille qu’elle a été sachant qu’évidemment elle-même en tant que scénariste n’est plus cette petite fille ou jeune fille, jeune femme…  Ceci en amenant à la fois une forme de technicité tout en avançant avec la modestie de savoir que c’est toujours elle qui a raison sur le personnage. Je me souviendrai toujours que juste avant de partir tourner elle m’a pris à part et m’a dit : « Arnaud surtout n’oublie pas l’énergie. C’est très important ».

C’est aussi ce qui donne sa force au récit…

On avait écrit une histoire sur le papier qui était un peu sombre, dure. J’étais donc aussi garant auprès des actrices et auprès de tous les gens de l’équipe de cette énergie particulière qui fait que jamais ce personnage ne devait être une victime dans le film ou n’être que ça. Il s’agissait au fond d’une véritable héroïne et de quelqu’un, même si elle s’empêtre dans tous les obstacles les uns après les autres, qui, de mon point de vue, à la fin est gagnante. Elle gagne sa liberté, la possibilité de décider pour elle-même. La fin peut faire peur mais au fond, si on prend un tout petit peu le temps de garder en soi cette fin, de la mûrir et de la réfléchir c’est vraiment l’histoire de la victoire d’une femme.

Avez-vous des projets en courts ?

On a un projet avec Christelle que l’on est en train d’écrire, l’histoire d’un homme ! (rires). A l’issue d’un accident dans sa vie, il quitte tout, la société et devient vagabond.

Vous allez rechercher un autre style de narration ?

Ce sera probablement formellement un film très différent. Depuis que je fais des films j’essaie à chaque fois de faire des films extrêmement différents les uns des autres.

Propos recueillis par Stéphanie Lannoy, octobre 2016, FIFF, Namur.

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Orpheline, la Critique