Dans Frères de sang, Fabio et Damiano D’Innocenzo renouent avec les fantômes de l’Italie et de ses banlieues

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Pour leur premier film, projeté à Berlin section Panorama, Fabio et Damiano D’Innocenzo se lancent dans un thriller initiatique radical et bien mené qui prend place dans une banlieue désoeuvrée de Rome. Frères de sang, curieusement traduit, puisque le titre original est La Terra Dell’Abbastanza, relate la vie de deux copains de lycée livreurs de pizza. Un incident va bouleverser la vie de Manolo et Mirko, les mener à cotoyer des milieux mafieux et comettre leurs premiers crimes.

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Les deux réalisateurs ont co-écrit un scénario bien maitrisé et lui ont insufflé un bon rythme. Un soir, alors que Mirko, Matteo Olivetti, conduit il renverse un piéton. Manolo Andrea Carpenzano, le convainc de prendre la fuite. Bien qu’amis, les deux jeunes démontrent des psychologies très différentes. Mirko est plus sensible et l’on sent qu’il se force à entrer dans ce monde brutal et difficilement supportable. Manolo reste de marbre et accepte les sales boulots sans broncher. Il expliquera à son ami  » qu’il ne faut pas réfléchir ». Paolo Carnera signe une direction photo remarquable. Si la banlieue est filmée par un même plan d’ensemble figé et redondant incluant barres d’immeubles et terrain de jeu, les personnages sont suivis de près, en gros plans et la caméra ne s’attarde jamais sur le morbide.

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Les parents portent une grande responsabilité dans la destinée de leurs rejetons. Le père de Manolo les présentera à une organisation criminelle, tandis que la mère de Mirko se rebellera à l’idée de voir son fils dériver vers ce monde véreux. Au-delà de l’attrait que l’argent représente dans cette banlieue pauvre de Rome où les personnages triment, les cinéastes réalisent un portrait d’une l’Italie scindée en deux. D’un côté certains protagonistes ont l’envie d’avancer, de s’en sortir loin des crimes, et de l’autre ses fantômes mafieux rôdent toujours, avec l’engrenage infernal qu’ils engendrent.

A suivre ; Entretien avec Fabio D’Innocenzo