« J’Accuse », Polanski face à l’affaire Dreyfus dans une fresque grandiose

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Dans J’accuse, Roman Polanski (Le Locataire, Le Pianiste) revient sur l’affaire Dreyfus et réalise un grand thriller politique sur l’injustice. Scandale d’état de la fin du XIXème siècle l’affaire Dreyfus réunit « honorablement » erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. Si cette tache sur l’histoire de France fut adaptée plusieurs fois au cinéma, Polanski s’appuie sur le livre de Robert Harris An Officer and a Spy, également titre du film en anglais. Ce thriller politique a décroché le Lion d’Argent (Grand Prix du Jury) et le Prix Fipresci à la Mostra de Venise cette année
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L’affaire : Fin XIXème siècle, accusé d’espionnage, le Capitaine Alfred Dreyfus, méconnaissable Louis Garrel, dégradé de ses galons devant l’armée, se voit accusé de traîtrise à la nation. Le Colonel Picquart, Jean Dujardin, assiste à l’événement. Nommé à la tête du contre-espionnage, de découverte en découverte et notamment au contact de son nouveau subalterne Henry, excellent Gregory Gadebois, il doutera des preuves qui ont fait condamner Dreyfus.

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Polanski raconte l’affaire du point de vue de ce Colonel Picquart – dont Dreyfus a été l’élève à l’école militaire – un personnage moyennement aimable qui n’a pas vraiment le cœur sur la main mais se révèlera étonnamment tenace face à l’injustice. Jean Dujardin assume brillamment ce rôle complexe. La maîtresse du Colonel, Emmanuelle Seigner est la figure féminine du récit. Le casting du film comprend également pléthore de comédiens français de premier choix avec entre autres, Denis Podalydès, Mathieu Amalric, Melvil Poupaud….

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J’Accuse est une reconstitution minutieuse et brillante. Approcher les services secrets de l’époque et leurs méthodes se révèle passionnant. La mise en scène assure à son sujet la grandeur qu’il mérite. Dès le début du film, Dreyfus est jugé dans l’immensité d’une cour militaire pavée, entouré de ses collègues de l’armée. Une scène d’humiliation avec un personnage central et les regards d’une armée qu’il ne renie pas « Vive l’armée ! » s’écriera-t-il. Polanski filme son propos en plans d’ensemble avec de belles profondeurs de champ et place ainsi la petitesse des personnages face à l’architecture impressionnante des décors de la République française de l’époque. Comme ces lourdes et immenses portes des bâtiments officiels de l’armée aux moulures dorées à la feuille d’or que les personnages prennent minutieusement le temps de refermer. Le sujet du film est intelligemment replacé dans le décor officiel de cette brillante société républicaine « irréprochable » qui se fissure de l’intérieur.
Classique, la réalisation de J’Accuse sonne très juste. Le film est un cri contre l’injustice et l’erreur d’une institution, un état aveugle plongé dans un antisémitisme crasse.