Mon légionnaire de Rachel Lang, la guerre intime

Mon Légionnaire (Our Men) est un drame, un témoignage de la réalisatrice française basée à Bruxelles Rachel Lang, qui nous convie dans un univers singulier et méconnu, celui de la Légion étrangère, corps de l’armée française créé afin de pouvoir y intégrer des soldats étrangers. Coproduction franco-belge (à majorité belge) le film clôturerait la Quinzaine des Réalisateurs du 74ème Festival de Cannes. (Entretien avec Rachel Lang)

La cinéaste dévoile la réalité de la vie des légionnaires et de leurs familles à travers des personnages solides et bien construits, incarnés par un casting de choix. Affecté à un régiment de la Légion étrangère parachutiste, le lieutenant Maxime, Louis Garrel, débarque sur une base en Corse avec son épouse Céline, Camille Cottin, avocate. L’acteur interprète un gradé respectueux de ses hommes « Mes gars » les appelle-t-il, qui sous sa réserve est un homme aux valeurs profondes, attaché à la nation. Nika, jeune ukrainienne, Ina Marija Bartaitė, arrive, elle, sans connaitre un mot de français et bien malgré elle, deux mois avant son compagnon Vlad, Aleksandr Kuznetsov, parti en mission. Les deux formidables jeunes acteurs au même regard translucide offriront à l’image des corps désespérés, écorchés et à eux deux canaliseront toute la difficulté d’intégrer cette nouvelle vie.

La Légion implique un conditionnement des esprits à l’acceptation de cette vie particulière et dure. Outre les séparations, Rachel Lang décrit le décalage qui s’immisce dans les couples entre le danger de la vie en mission des légionnaires et leur retour. La cinéaste filme d’impressionnantes séquences de tension extrême lors des missions et insuffle du thriller au récit. On prend alors conscience que ces hommes courageux, ces héros de la nation frôlent la mort au jour le jour. Idée complexe à accepter et à gérer émotionnellement dans leur quotidien. Du côté des femmes l’attente prédomine, transformées en « Penélopes » confrontées au langage par acronyme (Reçu!), qui à force de solitude maritale en viennent à se poser la question du sens de leur vie. La Légion arrive en soutien pour maintenir le lien en accompagnant les couples par des activités. Les épouses sont ainsi attendues au « club des femmes » et aux diverses sorties dans une sorte d’acceptation non dite forcée.

Le regard porté sur Mon légionnaire, même s’il détaille les imperfections du système est un regard plutôt admiratif, conquis à la cause. En tant qu’Officier réserviste la cinéaste raconte un monde qu’elle maîtrise. La fiction dévoile les vies distendues des familles et la vie de ces héros de la nation dont on ne voit en général que brièvement la photo au JT lors de leur décès en mission. On voyage avec ces héros, on tremble pour eux, dans ce milieu que l’on découvre multiculturel et à la solidarité incontournable.