Julie (en 12 chapitres), un bijou de romance moderne signée Joachim Trier

Julie (en 12 chapitres) est le cinquième long métrage de Joachim Trier. Le norvégien signe une comédie dramatique à la fois contemporaine, complexe et inventive. Il offre à Renate Reinsve le rôle d’une anti-héroïne moderne et post #MeToo bouleversante. Rôle qui lui a permis de décrocher le Prix d’Interprétation féminine au dernier Festival de Cannes. (Entretien avec Renate Reinsve).

A bientôt trente ans, Julie a du mal à se fixer dans la vie. Bonne élève, elle lâche des études de chirurgie pour la psychologie, puis pour la photo. C’est alors qu’elle rencontre Aksel, fabuleux Anders Danielsen Lie, auteur de BD underground à succès notamment avec son personnage du Lynx, un tantinet sexiste. Le couple vit une relation passionnelle, c’est alors que Julie rencontre Eivind, Herbert Nordrum.

Renate Reinsve illumine le grand écran. Son côté solaire irradie ce conte de vie romancé. Personnage hyper attachant, Julie est une anti-héroïne bouleversante d’actualité. Redéfinissant ses envies régulièrement, elle est libre. Fidèle du cinéaste, Anders Danielsen Lie (que l’on retrouvait également à Cannes dans Bergman Island de Mia Hansen-Love) est d’une justesse folle en Aksel, quadra auteur de BD. Ces comédiens forment à eux deux et jusqu’au bout, un couple de cinéma bouleversant. Julie et Eivind, incarnent une génération trentenaire en proie au doute et à la redéfinition de soi, mise en avant par Joachim Trier à travers les hésitations, doutes et changements de cap de Julie. Julie trace son chemin en rupture avec les générations précédentes. Alors qu’elle ne s’est pas fixée dans la vie, sa mère au même âge avait déjà divorcé et eu un enfant, sa grand mère plusieurs enfants… et ainsi de suite. Au 18eme siècle en Suède l’espérance de vie des femmes était de 35 ans, apprend-on par la voix-off en observant quelques photos chez la mère de Julie. Trier brise les codes, redéfinit le personnage féminin au cinéma, comme son héroïne crée naturellement la rupture dans une lignée de femmes pour simplement vivre sa vie comme elle l’entend, quitte à se planter. Elle mettra du temps à trouver la force de contrer la pression sociétale et à être enfin elle-même. En attendant, Julie gère avec un sourire ravageur.

La ville d’Oslo est aussi un personnage du récit. Julie est citadine. Elle y évolue, s’y balade, ou y court pour retrouver son bien-aimé. On sent la passion du cinéaste pour une ville qu’il connait bien. Les instants de pause de Julie face aux panoramas sur la ville nourrissent le récit. Une part de merveilleux sur un fond parfois dramatique crée également la force de la narration. La superbe bande son signée Ola Fløttum répond brillamment à l’énergie de cette anti-héroïne. A voir sans attendre.