APPLES, une dystopie drôlatique sur la mémoire de Christos Nikou – Pépite !

Le premier long métrage du grec Christos Nikou est un petit bijou cinématographique. Le cinéaste nous offre une histoire à la fois originale et touchante. Une dystopie percutante sur notre monde où les pommes favoriseraient la mémoire… On est charmés par cette comédie dramatique, étonnante, très décalée avec un humour sombre. Héritière d’un muet presque burlesque elle se révèlera poétique. Ses choix de mise en scène radicaux, sa poésie et son humour font de ce film une belle surprise. Prix spécial du Jury et Prix de la Critique au Cinemamed 2021. A lire : notre entretien avec Christos Nikou.

Aris est dans un bus lorsqu’il perd soudainement la mémoire. Il se retrouve dans une clinique à tester de nouveaux traitements pour faire face à cette maladie inattendue, alors qu’une épidémie d’amnésie fait rage dans la société. Il s’installe dans un nouvel appartement et débute une nouvelle vie. Cet homme courageux suit un programme de guérison audio enregistré sur des cassettes par un docteur à la voix de ténor. L’inattendu naît forcément de l’acceptation extrême de refaire sa vie à partir de rien. Aris se plie volontiers au programme, concentré sur des tests de plus en plus difficiles. Refaire sa vie est une chose, mais qu’en est-il de l’amour ?

Aris Servetalis interprète admirablement un anti-héros prêt à repartir de zéro dans un véritable no man’s land. L’acteur est exceptionnel dans son rôle. Exprimant un jeu sobre emprunt d’un langage du corps expressif, il parait d ‘un étonnant naturel dans sa vie de tous les jours, même lorsqu’il enfilera ce jean trop court, moment burlesque d’une simplicité déconcertante. Il rencontrera une jeune femme Anna, Sofia Georgovassili, dans des circonstances elles aussi décalées et drôles.
Christos Nikou réussit un premier film inattendu. Foisonnant de brillantes idées, le scénario co-écrit avec Stavros Raptis raconte une histoire simple, ténue, extrêmement créative dont la logique se tient jusqu’au bout. Le cinéaste installe un univers très visuel comme cette vie faite de Polaroïds en album photo ressemblant à un instagram des années 80. Le cinéaste égratigne au passage notre rapport aux réseaux sociaux dans une critique bien sentie. Côté mise en scène le cinéaste use de partis pris forts, à la fois techniques et esthétiques, notamment le choix d’un format ratio carré, le 4/3 et un univers froid, coloré dans des tons froids, bleutés.

Christos Nikou livre un portrait délicat de personnages faillibles, décalés, en rupture mais avec une féroce volonté de vivre dans un univers transformé où tous leurs repères ont disparu. Un drame drôlatique mis en scène avec beaucoup d’amour, de fantaisie et de talent. Un brillant premier long métrage.