
Après La Salle des profs fascinant thriller en milieu éducatif, le cinéaste Ilker Çatak signe Yellow Letters, un puissant plaidoyer pour la liberté. Le cinéaste s’emploie à observer et développer un phénomène d’emprise autour de protagonistes avec plus d’ampleur que dans son long métrage précédent, dans une œuvre chorale, mature à la maîtrise impressionnante et à la mise en scène implacable. Le film a remporté l’Ours d’or à la Berlinale. A lire bientôt: entretien avec le cinéaste.
Professeur à la faculté d’Ankara, Aziz reçoit la lettre jaune qui lui spécifie sans préalable son licenciement. Sa femme, Derya, célèbre actrice reçoit peu de temps après une lettre jaune annonçant sa révocation du théâtre national où elle travaille. Ces parents d’une adolescente paient ainsi leurs opinions d’une manière radicale et en dehors du droit. Privés de revenus, la situation deviendra critique pour le couple qui devra s’adapter aux changements politiques du pays sans renoncer à ses idéaux. Özgü Namal (Derya) et Tansu Biçer (Aziz) forment tous deux un formidable couple d’artistes, d’intellectuels en recherche presque organique face à une adolescente en devenir et en révolte Ezgi, Leyla Cabas.
La puissance du récit dans la cinématographie de Ilker Çatak force le respect. Il exploite les lois du cinéma avec audace et transpose son histoire qui se déroule en Turquie, en Allemagne. Des titres clairs imposent le procédé narratif dès le début du film. Berlin, personnage du récit jouera le rôle d’Ankara (comme le sera Hambourg dans celui d’Istanbul). Le cinéaste conclut un pacte avec le spectateur qui l’accepte. Il s’impose comme le chef d’orchestre d’un récit qu’il maitrise avec une grande dextérité.
Bien que déplaçant son histoire dans un autre pays, les contours en restent vagues et l’un des grands personnages absent de l’écran mais bien actif dans le récit est le gouvernement qui restreint de plus en plus les libertés des citoyens. Ce flou narratif permet l’universalité d’un récit qui pourrait avoir lieu partout dans le monde. L’histoire se situe en Turquie mais est tournée en Allemagne, pays qui a connu des restrictions dans les années 30 avec la montée du nazisme. L’histoire est transposable dans chaque pays et nous raconte la fragilité de la démocratie.
Les protagonistes voient leur vie bouleversées par leur simples opinions dans un régime qui se durcit en voie totalitaire. Peut-on respecter ses idéaux quand une vie est chamboulée ? Le couple, la famille peuvent-ils résister au séisme ?