Le (petit) journal du 70e Festival de Cannes – The Florida Project de Sean Baker, Quinzaine des Réalisateurs

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The Florida Project est un drame qui dénonce la réalité sociale des locataires des chambres de Motels dans la région de Disneyworld. Ils en deviennent les habitants permanents car ils n’ont plus de quoi se loger autrement.  L’endroit choisi est la Floride, à proximité du parc de Disneyworld, supposé le plus beau du monde. Ces Motels arborent des couleurs chatoyantes, des formes enfantines et portent des noms surréalistes comme celui du Château Magique.

Sean Baker (Tangerine, Starlet, Take out), a co-écrit son scénario avec Chris Bergoch (Starlet, Tangerine) sur une idée de ce dernier qui, arpentant cette région, s’est rendu compte du drame social qui s’y déroule.

Le film suit les enfants du Motel, particulièrement Moonee, 6 ans (exceptionnelle Brooklynn Prince) et ses amis Jancey (Valeria Scotto) et Scotty (Chritopher Rivera) qui, laissés à eux-mêmes font les 400 coups. Une jeune mère désemparée et larguée par la société, Halley (Bria Vinaite), achèvera de laisser Moonee en liberté incontrôlée avec ses amis. Habitué pour ses films aux castings sauvages, Sean Baker mélange des acteurs professionnels et amateurs. Bria Vinaite a ainsi été repérée sur Instagram, comme la chevelure rousse de la jeune Valeria Scotto a attiré l’œil du cinéaste dans un supermarché.

Les acteurs sont époustouflants. Willem Dafoe incarne Bobby, le gérant de l’hôtel qui finalement, plus qu’un simple hôtel, est amené à gérer des drames de vies comme des expulsions que supposent ces situations sociales et le manque d’argent.
Ce qui frappe dans ce long métrage, c’est le décalage entre le monde doucereux que suggère le décorum enfantin de cet univers coloré (le Magic Motel est mauve) et le réel des situations que vivent ces familles livrées à elles-mêmes dans des chambres inadaptées et exigües, oubliées de la société. C’est clairement la chute du rêve américain dans lequel les enfants évoluent et jouent. La crise de 2008 a accentué ce phénomène avec l’augmentation des expulsions. Sean Baker n’en fait pas un constat larmoyant, son histoire implique au contraire un constat vif, nerveux qui suit le rythme de ces « petites canailles » auquel il se réfère.

Entretien avec Sean Baker et Chris Bergoch