Dans « C’est ça l’amour » de Claire Burger, Bouli Lanners bouleverse en père et mari largué

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Profitant de la vague du mouvement #Metoo les esprits semblent se libérer, et comme Nos Batailles de Guillaume Senez s’y attelait, il est temps de montrer au cinéma la place des hommes dans notre société contemporaine. Pas la virile, traditionnelle symbolique et ancestrale, mais la vraie, celle de l’homme avec ses fêlures, contraint lui aussi de faire face aux drames de l’existence. C’est dit, il n’est pas un roc. C’est ça l’amour a offert à Claire Burger le Prix de la Meilleure réalisatrice Giornate degli Autori au Festival de Venise. A travers ce long métrage elle raconte le drame quotidien d’une famille – la séparation des parents – et met finement en scène tout l’aspect non spectaculaire que peut comporter son sujet, au sein même d’un lieu tranquille, à Forbach sa région d’origine.

C’est ça l’amour est le second long métrage de Claire Burger après Party Girl, lauréat de la Caméra d’or 2014 (co-réalisé par Marie Amachoukeli et Samuel Theis). Dans ce film la cinéaste entre prudemment sur la pointe des pieds dans l’intimité d’une famille laissée en plan par Armelle, la mère, Cécile Remy-Boutang. Le père, Mario, Bouli Lanners, se retrouve à devoir gérer ses deux filles, dont l’une, Frida, Justine Lacroix, 14 ans, moue boudeuse, perdue en pleine adolescence, regrette profondément le départ de sa mère. L’autre, Niki, Sarah Henochsberg, une vraie révélation, rêve d’indépendance à l’aube de ses 18 ans.

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Mais Mario est amoureux. Choqué par le départ de sa femme, il l’attend toujours. Il retourne régulièrement dans le théâtre dont elle éclaire les spectacles. Ce fonctionnaire va s’insérer dans un groupe d’acteurs pour créer un spectacle expérimental qui va puiser dans le vécu de chaque personne. Ayant pour seul objectif de se rapprocher de sa femme, et en plein mal-être, Mario va avoir beaucoup de mal à lâcher prise et parvenir à transmettre un peu de lui-même pour enrichir la création. Il virera malgré lui dans la psychanalyse et s’empêtrera en vidant son sac. Mario est un père de famille touché, blessé, tout en nuances avec un regard intense. Bouli Lanners est exceptionnel de fragilité en père et mari à la dérive (entretien). C’est un rôle en or pour le comédien, et on lui a rarement vu cette facette d’hyper sensibilité qui lui sied parfaitement.

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La réalisation délicate de Claire Burger fourmille de détails qui rendent l’histoire réaliste et émouvante, notamment un relationnel père-filles palpable et réellement crédible. Plusieurs petits moments narratifs se révèlent être de petites pépites qui nous accrochent le cœur. Comme les orteils de Frida qui caressent le tibia de son père en regardant la TV, alors que père et fille sont affalés sur le canapé. On en sort le cœur serré.

Entretien avec Bouli Lanners