Slalom de Charlène Favier, Noée Abita (sous pression) entre dans la cour des grands – FIFF 2020

Premier long métrage de Charlène Favier, Slalom est à la fois un drame intimiste et un thriller glaçant. Son titre image et épouse presque le corps du personnage principal qui tente d’échapper à l’impossible. En élève d’une section de ski et future potentielle championne, Noée Abita est fascinante. Slalom a remporté le prix d’Ornano au Festival de Deauville et fait partie de la sélection Cannes 2020. Il concourt actuellement en compétition officielle au FIFF à Namur.

A 15 ans, Liz intègre une prestigieuse section ski-études dans un lycée. Fred son entraineur va tout miser sur sa nouvelle recrue. Dotée d’une sérieuse ambition, galvanisée par le coaching, Liz s’investit à corps perdu, physiquement et émotionnellement. Elle enchaîne les succès, tout en basculant sous l’emprise de Fred.

Noée Abita (découverte dans Ava de Léa Mysius, et vue notamment dans la série Une Île, de Julien Trousselier) crève l’écran et incarne son personnage, Liz, avec cœur et don de soi. Le rôle est difficile. La jeune Liz est seule et vit pour skier. Fred son coach, Jérémie Rénier, va projeter en elle des espoirs de carrière déçus. Charlène Favier pose la situation entre une ado et son entraineur au quotidien, dans le détail, avec un profond rendu de réalité et c’est troublant. Elle décortique avec minutie le cheminement qui mène à une emprise de l’adulte sur l’enfant et tout le processus de manipulation dans un environnement et une vie des plus ordinaires. Le film comporte une grande part de vérité, de faits d’une justesse glaçante. Les partis pris de mise en scène sont forts. La caméra semble se poser là où elle est nécessaire sans ostentation. Les paysages sont magnifiés, les montagnes aux superbes sommets enneigés cernent le lycée et constituent les rocs du récit et ceux de la jeune femme qui s’y enfuira par le regard. Les moments de compétitions envoient au spectateur un maximum de tension : bande son rythmée par le souffle de la jeune fille et bips de départ semblables aux mouvements de son cœur.

Tout en étant une fiction et même un thriller, le film est furieusement contemporain. Il s’ancre dans le mouvement de Libération de la parole des femmes et par son refus des clichés devient un témoignage de l’actualité. Après #MeToo, les athlètes devenues adultes commencent à témoigner, mais c’est trop tard. On pense notamment à Sarah Abitbol patineuse artistique violée à 15 ans par son entraineur. Comme Andréa Bescond évoquait son enfance volée dans Les Chatouilles, Charlène Favier emprunte le genre du thriller et livre un témoignage à la fois terrifiant et nécessaire, par son analyse minutieuse de la normalité et nous montre que le prédateur n’est pas un monstre mais un être humain.

Programmation du FIFF ici.
En salle le 4 novembre 2020.