Tout s’est bien passé, un film essentiel de François Ozon

En adaptant le roman éponyme autobiographique d’Emmanuelle Bernheim, Tout s’est bien passé, François Ozon réalise un grand film politique. Après Grâce à Dieu qui racontait le combat judiciaire mené par des victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise, Ozon poursuit sa lignée d’oeuvres qui rendent justice. Le cinéaste aborde frontalement un sujet tabou, celui du suicide assisté avec des personnages attachants, à la fois courageux et fragiles. La première grande émotion du 74ème festival de Cannes où le film concourait en Compétition Officielle.

Très classique et toujours juste, la réalisation s’efface pour laisser place à des personnages forts. André 85 ans est victime d’un AVC. Sa fille Emmanuelle se précipite au chevet de son père. Alité et paralysé, André lui demande de l’aider à mettre fin à ses jours. L’oeil à moitié fermé, la main paralysée, André Dussollier (Entretien) investit le corps d’un malade, un personnage qui dépassé par l’accident vasculaire cérébral souhaite en finir. Ancien industriel et collectionneur d’art, cet homme au caractère fort provoque (volontairement ou non) les conflits familiaux. Sophie Marceau interprète à merveille cette Emmanuelle courageuse et dévouée dont on suit le point de vue et qui fait face à une demande impossible de ce « Mauvais père qu’elle aime beaucoup ». Géraldine Pailhas incarne sa soeur et toutes deux ont une mère peu présente, jouée par Charlotte Rampling. On retrouvera aussi Hanna Schygulla en ancienne magistrate calme et dévouée, un peu hors du temps, digne représentante d’une association suisse pour le droit à mourir dans la dignité. Un bon choix de ramener à l’écran cette formidable actrice à l’aura captivante.

Ce drame familial intime et universel est un film coup de poing. François Ozon raconte le parcours du combattant de ces personnages pour gagner le droit à disposer de sa vie et mourir dignement. La demande d’aide au suicide implique pour tous une reconsidération de la vie humaine et pose la question très juste et légitime: A-t-on le droit de mourir dignement ? François Ozon nous montre qu’en France aujourd’hui, au pays des « lumières », c’est illégal, peu importe la souffrance en jeu.

Entretien avec André Dussollier