Noces de Stephan Streker, Tragédie moderne sur une jeune belgo-pakistanaise écartelée entre les traditions et sa propre vie – En salle le 8 mars

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Zahira, 18 ans, belgo-pakistanaise, vit en harmonie avec sa famille, surtout avec son frère Amir dont elle est très proche. Un jour, ses parents vont lui imposer un mariage traditionnel. C’est le point de rupture pour Zahira, écartelée entre son envie de liberté, de vie à l’occidentale et les exigences de sa famille.

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Librement inspiré de faits réels, Noces brise un tabou de nos sociétés en relatant l’histoire d’une jeune femme de 18 ans aux prises avec un mariage forcé. Ce drame familial évoque le poids trop encombrant d’une tradition inadaptée à la vie occidentale d’une jeune femme en baskets dorées qui veut, à juste titre, faire ses propres choix. Elle se retrouve coincée par des traditions communautaires qui, si elle les rejetait, couvriraient de honte toute la famille. Stephan Streker réalise un drame de facture assez classique qui plaira au plus grand nombre. On s’attache à ses personnages qu’il présente dans leur intimité et leurs convictions, sans pour autant les juger. L’amour qui inonde la famille de Zahira jaillit de l’écran pour donner corps à cette tragédie moderne. Le cinéaste a réuni un casting trié sur le volet avec des comédiens éclairés qui nous emmènent dans cette histoire bouleversante.

La jeune et belle Lina El Arabi dont c’est le premier rôle au cinéma crève l’écran en interprétant Zahira, jeune belgo-pakistanaise. On est avec elle, près d’elle car le réalisateur filme souvent de près cette jeune fille moderne qui vit sa religion sereinement.

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Le cinéaste filme beaucoup en intérieur comme s’il voulait isoler cette famille qui vit recluse sur ses traditions. Le récit effeuille peu à peu le fonctionnement d’un traditionalisme obsessionnel, où l’on préserve les coutumes à l’ancienne mais où l’on se marie en vidéo par internet, ce qui accentue l’absurdité de la situation. Sébastien Houbani incarne superbement Amir, le frère de Zahira. Central dans la famille, ce personnage touchant est le pivot du récit, il est celui qui porte toutes les responsabilités. Il aime sa soeur et supporte en même temps la douleur de ses parents confrontés à menace que représente la honte mortifère qui pourrait les ensevelir. Il reprochera à sa soeur l’inquiétude qu’elle impose à leur mère Neena Kulkarni et à leur père malade Babak Karimi. La grande soeur Hina, Aurora Marion,reviendra de Barcelone, à la rescousse, pour tenter de ramener sa cadette à la raison. Elle-même déjà mariée, lui expliquera : « le monde est injuste, pour nous les femmes ».

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L’univers extérieur à ce microcosme familial constitue heureusement un vrai soutien pour Zahira. Son amie Aurore, Alice de Lencquesaing, formidable de naturel, éclate de rire en voyant les têtes des prétendants « C’est un peu Freddy Mercury pakistanais ! ». Son père, Olivier Gourmet, responsable et pacifiste va tenter de rétablir le lien entre la jeune femme et sa famille. Les séquences en extérieur sont de véritables respirations dans le film et évoquent la fougue de la jeunesse, comme ces moments que passe la jeune femme avec ses amis, les feux d’artifices ou encore les trajets sur la moto de son ami Pierre, Zacharie Chassériaud.

La force du récit réside dans le respect du point de vue intime de chacun des personnages. Le spectateur est emmené dans cette tragédie bouleversante, incarnée par des comédiens exceptionnels. On comprend malgré tout les parents acculés face à une communauté qui brandit la menace du bannissement par la honte. On plaint Zahira qui doit vivre sa vie et conserver ses droits de femme et luttera sans relâche pour sa liberté, écartelée par l’amour des siens.

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